—Comment! c'est vous, mon fils, qui parlez ainsi! n'êtes-vous donc plus l'ardent collaborateur du début?

—Monsieur Ossipoff, répondit le jeune homme d'un air visiblement énervé, il n'y a plus ni collaborateur, ni ami, ni fils; il n'y a qu'un homme lassé de toutes ces tergiversations, de tous ces retards, de tous ces manques de bonne foi, et, n'était votre âge, j'ajouterais de tous ces mensonges.

—Oh! Gontran! soupira Séléna sur un ton de reproche.

—Il ne l'a pas dit! ricana Fricoulet, mademoiselle, il ne l'a pas dit.

—Nous ne sommes pas éternels, que diable! outre que ma patience est à bout, nos vivres ne sont pas loin d'être épuisés et je dis, comme M. Farenheit: retournons-nous-en!...

De tout ce que venait de dire le jeune homme le vieillard n'avait retenu qu'une chose: c'est ce qui avait trait à l'impossibilité matérielle de continuer le voyage.

—C'est ce qui vous trompe, répondit-il, nous avons encore pour trois mois d'air respirable, de boissons et d'aliments; voyons, accordez-moi ces trois mois... serait-ce trop payer de quelques semaines de retard la joie ineffable que nous éprouverons à contempler des mondes si merveilleux?

Gontran eut un geste énergique et il ouvrait la bouche pour répondre par un refus catégorique à la demande suppliante du vieillard, lorsque Fricoulet, se penchant vers lui, murmura rapidement à son oreille:

—Ne le contrarie pas et accepte; il n'y a pas moyen de faire autrement...