22 Mai.L’Avant-Courrière obtient de la Chambre une significative réforme. La femme, dans un prochain avenir, pourra disposer de son salaire.

N’était-il point choquant de penser qu’un homme paresseux et brutal, fût-ce pour l’aller boire au cabaret, pouvait exiger du patron le gain de l’épouse?

Il convient de distinguer entre ce que la loi permet et ce que les mœurs réprouvent. Le peuple a sa moralité particulière qui est sa loi constante, sa jurisprudence usuelle; et il était admis que l’ouvrière touchât son gain. Le mari, usant d’un droit inique, passait à l’état d’exception. L’exception même c’était trop: d’accord. Les femmes la font disparaître: c’est une victoire.

Mais cette victoire n’aura de résultat qu’en ce sens qu’elle sera symbolique.

27 Mai.—Quelles sont les trois plus belles de nos actrices? a demandé l’Éclair. Paris, s’étant mis un accent circonflexe sur l’a, a consenti, comme jadis le berger du Mont Ida, à attribuer la pomme à la plus belle. Le suffrage universel a désigné Cléo de Mérode, Vanda de Boncza et Sybil-Sanderson,—trois étrangères de naissance ou d’origine.

Les juges s’en sont tenus aux traits d’une photographie, Brantôme voulait, pour se prononcer, un plus vaste champ de comparaison. Il ne disait belle femme que celle qui avait trois choses blanches: le teint, les jambes et les dents; trois rondes: le cou, l’avant-bras et les chevilles; trois larges: le front, les yeux, les hanches; trois petites: les oreilles, la poitrine et... Si minutieux, rencontrait-il jamais la beauté parfaite? Non, sans doute, mais il se donnait tant de plaisir à la seulement chercher—surtout la dernière.

28 Mai.—Le miracle est à Tilly-sur-Seules. Une gardeuse de vaches a audience de la Vierge. Le rendez-vous est dans un champ, près d’une haie qui se vêt d’une vapeur mystérieuse. La voyante n’est point quelque nonne diaphane qui, d’avoir fleuri la mère immaculée, dans son rêve enfantera la virginale image; c’est une fille épaisse et vulgaire, libre en ses propos d’étables. Elle vaque aux soins des bestiaux, remue son fumier, et sa fourche au repos, vient au champ. Elle s’y agenouille, et l’expression commune de sa face s’éclaire, s’idéalise. Dans l’extase qui la transfigure, ses yeux s’emplissent du divin. Elle commence, entre ses dents qui se choquent, des mots entrecoupés dans lesquels on croit comprendre que la Vierge est là. La vierge s’en retourne, et les prunelles de la voyante suivent, angoissées, sa fuite dans le ciel.

C’est fini. L’extatique est redevenue la vachère. Les fervents la pressent de questions. Elle s’y dérobe, rude et brutale. De son extase, il ne lui reste qu’une lourde migraine.