Roulement de tambour. La farandole. C’est un défilé las et contraint, d’oripeaux archi-connus et archi-usés—la défroque de la Courtille, le décrochez-moi ça de Milord l’Arsouille.
Des masques inventifs, pimpants, bariolés et fantasques, des masques gais et fous, drôles, des masques: point. Des chienlits à peine. Ohé, ohé les autres?
Les autres ne sont plus là.
Mars.—Une secte féminine s’est fondée, elle s’intitule «néosophique». Son école est rues Victor-Cousin et Cujas, Mme Cécile Renooz est à sa tête.
Cette science de la sagesse nouvelle est basée sur la connaissance de ce fait: que le duel d’amour est inégal. L’homme seul y verse le plus pur de son sang: le sang de son cerveau. D’où l’épuisement de ses facultés supérieures au bénéfice d’une basse morale dont la femme est victime.
Les néosophes proclament la nécessité de revenir à l’antique loi sacrée qui ne permettait aux sexes de se confondre qu’une fois l’an. Toutefois, comme nous avons pris de mauvaises habitudes, on accorderait quelques dispenses pour commencer.
19 Mars.—Après l’apothéose de la femme qui interprète, l’apothéose de la femme qui pense, après Sarah Bernhardt, Clémence Royer; au même lieu où les lettres et les arts chantèrent l’hosannah de la tragédienne, une fête est donnée à la traductrice de Darwin, à celle qui a écrit le Bien et la Loi morale, l’Inconnaissable, l’Évolution mentale dans la série organique. C’est la même table, les mêmes lumières, les mêmes fleurs. Ce ne sont pas les mêmes convives. Autour de l’acclamée, voici des hommes graves: M. Levasseur qui préside, les docteurs Manouvrier, Laborde, Letourneau; des doctoresses, des étudiants, des hommes politiques. Des femmes et encore des femmes, de celles qui ont dans le mouvement une place, un rôle, une ambition. Elles démentent ce que les malveillants disent de la grâce qui fuira devant l’émancipation. Elles sont la plupart jolies, joliment habillées et dans la nudité d’apparat qui leur sied si bien aux fracas de lustres. Et la douce lettrée Mlle de Sainte-Croix est radieuse: car cette fête fut son projet.
L’héroïne est, plus qu’aucune, détachée des frivolités de la mode. Son âge lui permet l’austérité de la robe noire montante—son goût le lui eût imposé. Sa figure apparaît menue, ronde, travaillée du burin de la pensée; les traits sont mobiles, la bouche nerveuse jusqu’en son mutisme, l’œil vif, enquêteur, d’une lumière profonde. La prunelle est comme l’eau noire d’un lac reflétant l’infini du ciel.
Au champagne, l’économie politique lui fait des madrigaux, l’anthropologie lui rappelle des batailles, le mysticisme la courtise, le féminisme lui demande des références. Elle se lève la dernière, parle d’une voix musicale et claire, s’étonne, amère et réjouie. «Je me croyais si oubliée... Qu’ai-je fait pour que cette génération pense à moi?» Mais, au fond, fière de sa tâche, elle dit avec le grand tragique: