—Je ne sais pas, sacrédié, pourquoi les cailloux sont si hauts ce soir, dit la voix enrouée de Chassevent.
—Eh! mon homme, c'est que vous ne levez pas le pied aussi haut que d'habitude, reprit la voix perçante de Pourtois...
—Je ne me suis pourtant pas fatigué à danser...
—Non! mais vous vous êtes joliment rincé le gosier.
—Tu me le reproches, ingrat? Crois-tu que si je n'avais pas tant braillé pour amuser tes pratiques, j'aurais eu une pareille pépie et toi une pareille recette?
—D'accord, mon vieux père... Aussi, pour vous marquer mon bon vouloir, je vous ai accompagné un bout de chemin afin d'être sûr que vous ne vous jetteriez pas dans quelque trou de marne.
—Bon! grogna l'ivrogne, si ce n'est que par précaution que tu te déranges, et point par amitié, tu peux rentrer chez toi... D'autant que ta femme est restée seule avec Anastase... N'y mets pas d'entêtement... car je n'ai pas besoin de toi... Plus je suis pochard et plus j'y vois clair.
En dépit de la lourdeur de ses jambes, il marchait droit, devançant le cabaretier qui soufflait derrière lui comme un phoque. Ils arrivèrent à la route de Couvrechamps, et là Pourtois dit:
—Respirons une seconde, puis je vous tire ma révérence et je rentre chez moi.
Ils s'assirent sur le revers du fossé, et, par une habitude de braconnier, Chassevent se masqua d'une cépée. Il prit sa pipe dans sa poche, la chargea, et commençait à fumer, quand un pas rapide sur la route attira son attention. Vivement il aplatit son compagnon dans la bruyère, et, sondant l'obscurité de ses yeux faits à voir la nuit, il resta aux aguets.