—Monsieur Robert... je vous en prie... devant un étranger... Allons! il faut mépriser ces bravades... Chassevent est dans son tort... Sa conduite est très blâmable... Mais votre façon de procéder est tout à fait illégale. On n'a pas le droit d'attenter, de sa propre autorité, à la liberté individuelle... Il y a des agents de la force publique... pour ces besognes-là... Ce n'est pas le greffier du juge de paix qui parle en ce moment... c'est l'homme privé... qui, vous le savez, vous est tout dévoué... et déplore des violences qui font tort à votre caractère.

—Le tort que je me fais ne regarde que moi, interrompit le jeune homme, avec un ton hautain. Les gendarmes de la brigade s'occupent de tout, excepté de courir après les coquins, et quant à vous, Fleury, vous êtes un brave garçon, mais ne vous mêlez pas de mes affaires.

—Il ne faut refuser le loyal concours de personne, murmura le greffier, en baissant la tête avec un air d'humilité désolée.

—Est-ce que vous partirez d'ici sans rien prendre, monsieur Robert? s'écria Pourtois, plein d'obséquiosité... Qu'est-ce qu'on pourrait donc bien vous offrir?

—Rien, je vous remercie, dit le jeune homme. Il fouilla dans la poche de son gilet, et, jetant une pièce de monnaie sur la table:

—Tenez, voilà pour votre garçon d'écurie qui a gardé mon cheval.

Et gagnant la porte, sans ajouter une parole, sans faire un salut, il monta dans sa voiture et s'éloigna au grand trot.

À peine Chassevent l'eut-il vu disparaître dans un tourbillon de poussière, qu'il retrouva la parole. Toutes les invectives qui lui bouillonnaient au bord des lèvres, depuis un instant, sortirent comme un torrent; il fit, d'un coup de poing, sauter sur le marbre de la table les dominos abandonnés:

-Ah! mauvais chien! hurla-t-il, bavant de colère, ah! grand lâche! ah! tu me paieras ça! Pour quelques malheureux lièvres, il m'a attaché... oui, comme il l'a raconté... à un baliveau! Mais il m'a pris en traître, vous savez, car je ne le crains pas...

—Ne fais pas le malin, dit Tondeur: il t'aplatirait d'une seule calotte...