Et cette naïve approbation soulagea le cœur oppressé de Robert. Il eut la réconfortante certitude qu'il faisait bravement face au danger, et qu'on s'en apercevait. Une flamme d'orgueil lui monta au visage, et sans forfanterie, comme il était sans faiblesse, il regarda autour de lui.

Dans le petit jardin qui bordait la façade en pisé, se tenaient le juge d'instruction, écoutant un personnage inconnu qui parlait avec animation, et en qui Robert devina un inspecteur de la sûreté, et le docteur Margueron, qui, sans doute, avait fait les constatations légales.

La porte de la maison de Chassevent était ouverte, et, dans l'obscurité du logis, éclairé par une seule fenêtre, à laquelle avait grimpé un rosier blanc chargé de fleurs, une lueur de flambeau funéraire jaunissait.

Un soupir gonfla la poitrine du jeune homme: c'était là que, silencieuse et glacée, la pauvre Rose dormait son dernier sommeil. Il n'eut pas de terreur à la pensée de se trouver en face d'elle. Il n'éprouva qu'une pitié tendre et attristée. Qu'avait-il à redouter de la douce morte? La vue de son visage pouvait lui arracher des larmes, mais ne devait pas lui inspirer d'horreur. Si, la soulevant sur sa couche mortuaire, un miracle lui avait rendu la vie, la première parole prononcée par elle eût été pour attester l'innocence de Robert.

Et pensant au véritable meurtrier, à celui qui restait inconnu, qui se cachait peut-être dans cette foule grouillante, donnant, qui sait? le signal des cris de haine, Robert serrait les poings avec colère. Ah! qu'il le tînt jamais à sa merci, celui-là, et il lui paierait d'un seul coup la dette de la pauvre victime et la sienne. Quelque voleur, sans doute, qui échappait momentanément, grâce à l'erreur dans laquelle l'active animosité de Carvajan avait fait tomber l'opinion publique et le pouvoir judiciaire. Mais des explications loyales et franches devaient dissiper aisément tous les doutes, rétablir les faits, diriger les recherches dans un autre sens, et amener sa disculpation à lui et la découverte du vrai coupable.

Un mouvement se produisit dans le jardinet. Le juge, rejoint par son greffier tenant sous le bras un large portefeuille, venait de pénétrer dans la maison. Jousselin toucha le bras de Robert, et simplement:

—Il faut que nous entrions, fit-il. D'un ton plus bas il ajouta: On va vous confronter avec la victime... Le bonhomme n'osait dire ouvertement à son prisonnier: Prenez garde, surveillez vos regards, vos gestes, vos paroles... Mais, par ce seul mot: confronter, il l'avertissait du péril, et le défendait contre une émotion qui eût pu être prise pour de l'effroi.

—Je suis prêt, répondit Robert, et, passant le premier, il franchit le seuil.

Sur son lit, éclairée par un flambeau, blanche avec des ombres violettes aux tempes, entourée de ses cheveux blonds encore entremêlés de fleurs de bruyère, Rose, étendue, semblait dormir. La mort n'avait pas altéré sa beauté, et son visage aux traits délicats était épanoui par un dernier sourire. Sur une table, dans un plat de cuivre rempli d'eau bénite, la branche de buis, rapportée de la dernière fête des Rameaux par la jeune fille, avait été plongée pieusement. Tout à côté se voyaient l'écharpe dont Rose s'était couvert la tête pendant la soirée, et le foulard de soie que Robert lui avait donné pour s'envelopper le cou. Un clair rayon de soleil, entrant par l'étroite fenêtre, jouait avec le cuivre du plat, irisait l'eau, et faisait paraître rougeâtre le tissu de laine de l'écharpe.

Robert, recueilli comme dans un lieu saint, se tenait près de l'entrée, attendant. Carvajan s'était glissé à sa suite, plus troublé et plus anxieux que lui.