—Aujourd'hui, tante, j'ai la figure d'un homme content.

—Mon cher comte, dit Pascal, si vous m'en croyez, vous ne vous éterniserez pas ici. Nous allons faire lever votre écrou; vous partirez par le train de huit heures pour La Neuville. Ces dames, pendant ce temps, enverront une dépêche à M. Malézeau qui préviendra votre père. Il ne faut pas retarder sa joie d'une minute...

—Vous avez raison, comme toujours!... Mais, est-ce que ces braves gens vont nous accompagner? dit-il en montrant les gendarmes qui attendaient à l'écart.

—Il faut qu'ils vous ramènent, comme ils vous ont amené.

—Ils ont été très bien pour moi... Tante, donnez-moi tout ce que vous avez d'argent.

Il vida la bourse de Mlle de Saint-Maurice dans la main des soldats stupéfaits, puis, se tournant vers Pascal:

—Marchons! j'avoue qu'il me tarde d'avoir l'espace libre devant moi.

À neuf heures, ils arrivèrent en vue de La Neuville. Le train ralentit sa marche sur le pont de la Thelle, et siffla pour entrer en gare. Robert, penché à la portière, regardait dans l'éloignement les réverbères qui piquaient la nuit de points brillants. Il se leva avec agitation, et dit: Dans une demi-heure nous embrasserons mon père!...

Mais, à la gare, une surprise lui était réservée. Sur le quai il trouva Croix-Mesnil qui se promenait. Les deux amis poussèrent un cri, et, avant l'arrêt du train, le comte sauta à terre. Ils n'échangèrent que de rapides paroles. Le baron, les yeux humides, le front rayonnant, salua Antoinette et la tante Isabelle, serra la main de Pascal, et, disant: «Venez, venez vite», il les entraîna tous vers la sortie. Ils traversèrent la salle d'attente et, devant la porte, assis dans la vieille calèche du château, ils aperçurent le marquis.

Il attendait, eu compagnie de Malézeau, l'arrivée de son fils. Il avait voulu, lui, le chef de famille, être là pour le recevoir, lui apportant ainsi une sorte de réhabilitation solennelle. Le rude Robert, qui avait subi, avec tant de fermeté, de si terribles épreuves, se trouva sans force devant cette manifestation de la tendresse paternelle, et, pleurant comme un enfant, il tomba dans les bras du vieillard.