—J'étais allée jusqu'à La Saucelle, mon père, répondit Antoinette en embrassant le vieillard... Les enfants du fermier sont malades et je voulais avoir de leurs nouvelles... Bonjour, ma bonne tante...

—Bonjour, fraîcheur... Viens que je te respire... Tu sens la rosée et les fleurs...

—C'est de vous, tante, qu'il faut dire cela: vous êtes radieuse, ce matin.

—Bon! bon! flatteuse, répliqua d'une voix forte Mlle de Saint-Maurice... Je suis radieuse à la façon d'un coucher de soleil!

Et elle épanouit dans un large sourire son visage embrasé.

Antoinette fit le tour de la table, donna en passant une petite tape amicale sur la joue de son frère et, tendant la main au troisième convive qui s'était levé cérémonieusement:

—Enchantée de vous voir, monsieur Malézeau, dit-elle... Je vous prie de m'excuser, je ne savais pas que j'aurais le plaisir de vous trouver ici en rentrant... L'étude est toujours à sa place? Mme Malézeau se porte bien?

—Choses et gens, Mademoiselle... tout à votre service, Mademoiselle, croyez-le bien... répondit le notaire qui, par un tic invétéré, ponctuait chacun des fragments de ses phrases d'un «Monsieur», «Madame» ou «Mademoiselle», du plus bizarre effet.

—Allons! tout est pour le mieux! conclut la jeune fille. Et, s'asseyant gaiement auprès de son père:

—N'allez rien chercher pour moi, Bernard, dit-elle au vieux serviteur, je prendrai le déjeuner où il en est... Je meurs de faim ce matin...