—Oui da, monsieur Robert, dit Rose avec coquetterie, venez-vous à la lingerie pour me faire une scène?

—Ma foi non... Je montais quand je t'ai entendue causer avec ce drôle... Mais je ne t'aurai pas dérangée pour rien...

Il allongea le bras et, prenant la belle par la taille, il mit, sur son cou très blanc, un rapide baiser.

—Ce n'est pas là ce que je vous demandais, dit l'ouvrière, en rajustant sa guimpe. Quand on embrasse la fille, il ne faut pas être si dur pour le père... Qu'est-ce qu'on m'a dit que vous aviez encore fait au bonhomme Chassevent?

Le jeune homme fronça les sourcils:

—Oh! tu sais, si tu veux que nous restions bons amis, ne parlons pas de ta vieille canaille de père...

—Et moi je ne veux pas que vous me parliez, si vous devez le traiter de la sorte! s'écria Rose, dont les joues s'empourprèrent.

—Allons, ne fais pas la méchante, dit le comte en s'approchant de la gentille repasseuse. Il prit son bras et le caressa doucement. Elle continuait à faire la moue, les yeux baissés, mais un commencement de sourire au coin de la lèvre. Ses cheveux blonds frisés se retroussaient sur sa nuque robuste, et, par l'échancrure de son col, la naissance de ses épaules apparaissait veloutée comme un fruit mûr.

—Si vous vouliez pourtant, comme tout pourrait bien s'arranger! dit Rose, en levant subitement ses yeux, qui se fixèrent, très doux, sur ceux de Robert. Le père a la passion des bois et la rage du gibier... Eh bien! prenez-le comme garde... Il ne vous collettera plus vos lièvres, et vous avez assez de lapins pour qu'il se nourrisse sans vous faire de tort... La masure de La Saucelle est sans locataire... J'irais y habiter avec lui... Ce serait plus commode pour moi venir en journée ici... Et ça me causerait tant de plaisir!...

Le comte approcha ses lèvres des joues de Rose qui ne se défendait plus, et, effleurant sa petite bouche de sa longue moustache: