Étonnés devant ce tableau, l'amazone et l'étranger s'étaient arrêtés. Tous deux avaient éprouvé le même sentiment d'inquiétude vague en assistant aux ébats semi-câlins, semi-violents des deux jeunes gens.

—Voilà un mauvais jeu, dit l'étranger... Et, élevant la voix: Finiras-tu, garnement, ou faut-il que j'aille te secouer les oreilles?

À ces paroles, la laveuse se redressa un peu, mais le berger ne parut pas avoir entendu. L'étranger, gagné par la colère, s'apprêtait à l'interpeller plus rudement encore, lorsque l'amazone, se retournant sur sa selle, lui dit:

—Ce garçon est à moitié sourd et muet... C'est un idiot qu'on emploie par charité... Laissez-moi faire...

Elle enleva son cheval, lui fit sauter le fossé qui séparait la route de la lande, arriva en quelques foulées au bord de la mare et, touchant le berger de sa cravache, elle lui fit impérieusement signe de s'éloigner. Le Roussot poussa un cri inarticulé, éclata d'un rire stupide, puis, prenant sa course à travers les bruyères et les joncs marins, il rejoignit son troupeau, siffla son chien, et ramassant un fouet qu'il avait laissé là, se mit à le faire claquer de toutes ses forces, s'amusant à éveiller l'écho de la colline.

La laveuse s'était rajustée, et, rouge des efforts qu'elle avait faits en luttant, et peut-être aussi de confusion de s'être laissé ainsi surprendre, charmante dans son désordre et tentante comme un beau fruit sauvage, elle se leva en disant:

—Merci, Mademoiselle...

—Vous avez tort, Rose, fit l'amazone, de laisser le Roussot se familiariser ainsi avec vous... Qui sait ce qui peut se passer dans cette cervelle malade?

—Oh! il n'est pas méchant, dit la belle Rose, il est seulement un peu taquin, et il est venu pour m'aguicher... Mais je ne le crains pas, dà, et j'aurais bien su m'en débarrasser toute seule... Je ne vous en remercie pas moins...

Et posant une camisole sur la planche qui était devant elle, elle se mit à la battre à grands coups, en chantant d'une voix claire: