Un soleil ardent couvrait la fête de ses rayons de feu. La terre brûlait les pieds, pas un souffle de vent ne balayait les odeurs fortes des bêtes, et, de la grande place aux barrières, une foule bruyante circulait, se partageant entre les affaires et les plaisirs.

Aux abords de la mairie, la compagnie des pompiers, en tenue, était massée, et dans la grande salle de l'école, ornée de drapeaux tricolores, une distribution de prix, clôturant un congrès pomologique, avait lieu sous la présidence du sous-préfet.

Carvajan avait lu un discours chaudement applaudi, et, aux accords violents de la fanfare de la ville, la cérémonie prenait fin. Un commandement bref retentit. Les pompiers se mirent en ligne, et le clairon sonna aux champs sur le passage des autorités.

Le cortège, marchant lentement, se débandait peu à peu. Les gros fermiers, rougeauds, s'arrêtaient pour attendre un compère, et, par petits groupes, stationnaient sur la place. Le sous-préfet, au coin de la rue du Marché, s'adressant à Carvajan qui marchait à ses côtés:

—Vous verra-t-on ce soir à la fête, monsieur le maire?

—Mais, sans doute, monsieur le préfet. D'abord c'est mon devoir, et ensuite c'est un usage à La Neuville d'aller faire un tour d'une heure au bal...

—Eh bien! donc, je viendrai, dit le sous-préfet, puisque vous pensez que c'est utile...

—Vous ferez plus en une heure, là, pour vos élections, qu'en trois semaines de tournées. Vous trouverez tous les gros bonnets de la campagne. Et soignez les pompiers, monsieur le préfet... Ils sont influents. On ne sait pas tout ce qu'on peut obtenir par les pompiers!...

—Je vois que vous connaissez à fond la question, dit gaiement le fonctionnaire. D'ailleurs, à marcher avec vous, il n'y a jamais qu'à gagner.

Carvajan changea de visage, soupçonnant une raillerie. Il regarda le sous-préfet, le vit gracieux et souriant. Il se dit: À quoi vais-je penser! Qui lui donnerait l'audace de s'attaquer à moi? Ne sait-il pas que, si je voulais le battre en brèche, je pourrais le faire facilement sauter?