—Voulez-vous me faire l'honneur de me dire à qui je dois être reconnaissant de tant d'obligeance?
La jeune fille laissa tomber sur son compagnon un limpide regard, et répondit simplement:
—Je suis Mlle de Clairefont.
À ce nom, le jeune homme recula instinctivement, une rougeur monta à son front, qu'il détourna. Étonnée, sa compagne le fixa avec attention et, comme entraînée par un mouvement irrésistible:
—Et vous, Monsieur, dit-elle, qui êtes-vous?
Les traits de l'étranger se contractèrent. Il hésita un instant, puis, relevant la tête, il dit d'une voix sourde:
—Moi, je suis Pascal Carvajan.
À cette réponse, le visage de Mlle de Clairefont prit une expression de souveraine hauteur, ses yeux devinrent froids et durs, un sourire de dédain passa sur ses lèvres, et, coupant l'air de sa cravache, comme pour établir, entre le jeune homme et elle, une nette et infranchissable séparation, elle siffla son chien, mit son cheval au trot et s'éloigna sans tourner la tête.
Il la suivit du regard, cloué à sa place, oubliant le dédain de la jeune fille pour ne se souvenir que de sa beauté. Elle s'en allait fière et méprisante, après être restée auprès de lui, pendant une demi-heure, dans une sorte d'intimité charmante, et peut-être il ne pourrait plus jamais approcher d'elle. Il voyait à chaque pas la distance grandir; déjà il ne distinguait plus nettement sa silhouette élégante, au milieu de la poussière soulevée par les pas du cheval. La traîne de la longue robe grise et le voile blanc du chapeau flottaient, le lévrier gambadait sur le bas côté de la route. Soudain, au tournant de la barrière qui coupait l'entrée du petit bois, l'amazone, le chien, tout disparut, et le chemin demeura vide.
Pascal Carvajan resta un instant immobile, puis, frappant les cailloux avec sa canne en bois de fer: