Il prit le bras du peintre, et, au milieu de la foule qui s'écoulait vers la sortie, il l'entraîna.
—Quel bagage avez-vous?
—Cette valise avec moi, et une caisse dans le fourgon.
—Venez, nous ferons prendre la caisse par les gens de l'hôtel... Car vous m'accompagnez... Je ne vous quitte pas... Au lieu de vous attendre, ainsi que je vous le disais dans ma dépêche, j'ai préféré venir au-devant de vous... J'ai craint quelque imprudence... Savez-vous que, si Mlle de Vignes vous voyait brusquement, le saisissement qu'elle éprouverait pourrait lui être fatal?...
Ils roulaient en voiture sur le boulevard, tout en causant, et Laurier, étourdi, n'avait pas assez de toute son attention pour regarder et pour entendre. Le mouvement de Paris, au sortir du train, qui l'avait secoué pendant vingt heures, après le roulis du bateau, pendant deux jours, cette agitation, succédant brusquement au calme profond et recueilli de son existence à Torrevecchio, enfiévrait son cerveau, éblouissait ses yeux et assourdissait ses oreilles. Il faisait des efforts pour écouter et comprendre Davidoff. Il se sentait las de corps, et surexcité d'esprit. Il dit:
—Ce voyage m'a brisé, et cependant il me semble que je ne pourrais pas me reposer.
—Vous vivez, depuis trois jours, sur vos nerfs... Je vais remettre votre organisme en ordre... Fiez-vous à moi... Si je n'avais jamais de malades plus difficiles à guérir que vous...
La voiture entrait dans la cour du Grand-Hôtel. Ils descendirent, et, suivis d'un garçon qui portait la valise de Laurier, ils montèrent à l'appartement de Davidoff. Un salon séparait la chambre de Laurier de celle du Russe. Restés en tête à tête, ils se regardèrent un instant, en silence, puis le docteur montrant un siège à son ami:
—Asseyez-vous, nous allons dîner ici, en bavardant, et si vous êtes raisonnable, peut-être ferai-je quelque chose pour vous, dès ce soir.