—A moi? s'écria Jacques en pâlissant.
—A vous... Le tout a été porté au gouverneur qui, sachant quels rapports affectueux nous avons ensemble, m'a fait avertir, afin que je puisse juger de l'opportunité qu'il y aurait à vous informer...
Les yeux de Jacques s'étaient enfoncés sous ses sourcils, subitement, comme tirés par une violente angoisse; sa bouche se contractait, il haleta:
—C'est donc quelqu'un... qui me touche de très près?
—De très près.
Davidoff lentement tira de son portefeuille la carte, sur laquelle le peintre avait écrit son dernier adieu, et la tendit au malade. Celui-ci, avec une sorte d'effroi, prit le mince carré de bristol, il lut le nom qui y était gravé, une rougeur ardente monta à ses joues, il s'écria:
—Pierre!... Pierre!... Est-ce possible?
Et il demeura anéanti, les regards fixés sur le médecin russe, qui l'observait muet, immobile et tout noir. Ils ne parlèrent pas, comme s'ils avaient peur d'entendre le son de leur voix. Ils échangèrent un coup d'oeil plein d'horreur et de doute, tant la disparition de cet être rempli de santé et de vigueur, en quelques instants, les laissait dons une stupeur mêlée d'incrédulité. Et cependant cela était. Entre eux, Pierre ne reparaîtrait plus. A leurs côtés, sa place était vide pour toujours.
Jacques, sans une parole, reporta ses regards sur la carte dont il n'avait lu que le nom, et, essuyant d'un revers de main ses yeux remplis de larmes, il commença à lire le dernier adieu que lui adressait son ami. Il déchiffrait tout haut cette écriture tremblée, tracée au crayon dans la nuit. Un attendrissement irrésistible étranglait sa voix. Il sentait bien que Pierre était las de sa souffrance et de sa dégradation, et qu'il voulait mourir pour y échapper. Mais il voyait aussi que son ami songeait, en disparaissant, à conclure avec la destinée ce pacte étrange qui lui permettrait peut-être de revivre en Jacques. Il répéta lentement: