—Quelle est cette terre qui est devant nous?
—La Corse, dit le matelot, de sa voix rude... Les montagnes, que vous voyez, vont de la pointe de Centuri jusqu'à Bonifacio... La petite île, qui se détache à peine à gauche, c'est Giraglia... Ce soir, nous passerons, entre sa batterie et le cap Corse, pour gagner Bastia... Sans la brume de mer, vous distingueriez la neige sur le mont Cinto... Mais, vous verrez... C'est un beau pays. Et puis le monopole du tabac n'y existe pas, comme en France, et on y fait librement le commerce... Sans compter que là, ce qui est défendu est permis tout de même!... Mais voilà qu'on, va déjeuner... Vous devez avoir faim?...
—Ma foi, oui.
—Eh bien! venez avec moi.
A l'avant, sur des caisses vides, un couvert fort sommaire était dressé. Du pain, du jambon, un fromage de Gorgonzola, des pommes, et du vin blanc dans des fiasques.
—Asseyez-vous, monsieur, dit le patron, en montrant à Pierre une place auprès de lui, et servez-vous à votre volonté.
La chère était appétissante, le peintre y fit honneur. Tout en mangeant, il remarquait que ses compagnons restaient silencieux.
—Est-ce moi qui vous gêne, pour parler? demanda-t-il tout à coup. J'en serais désolé.
Le patron le regarda tranquillement:
—Non! Mais nous vivons toujours ensemble, et nous n'avons pas grand'chose à nous raconter... Et puis, la mer empêche d'être causeur: elle parle toujours. C'est la grande bavarde, et le marin l'écoute.