—Eh bien, il est mûr pour le mariage, il me semble, dit Étiennette avec un ironique sourire. Qu'est-ce que vous allez faire de ce brillant fiancé?

—Le diable m'emporte si nous le savons, dit Vertemousse. On ne peut pas le laisser là, on ne peut pas le reconduire chez lui. Le voilà propre!

—On s'amuse entre soi, chacun à sa petite pointe, ajouta Clamiron. Mais, lui, il fait tout en grand. Et mon animal se charge à éclater!

—Je vais vous en débarrasser, répondit Étiennette. Descendez-le jusqu'à mon coupé, qui est à la porte. Je le conduis chez moi, je le soigne, et le remets sur pied.

—Ah! vous êtes une vraie amie, ma petite Dhariel.

—N'est-ce pas? Voilà ma façon de me venger des saletés que Christian m'a faites.

Une lueur diabolique flambait dans les regards de la délaissée. Elle ajouta:

—Je passe devant pour avertir mon cocher.... Suivez-moi.... Si, après ça, la famille n'est pas reconnaissante, c'est à guérir pour toujours du dévouement!

—Ange, va! murmura Clamiron. Si jamais tu as besoin de mon témoignage pour le prix Montyon, ne te gêne pas!

Il prit Christian sous un bras, Longin le prit par-dessous l'autre. Ils réussirent à le mettre sur ses jambes. Vertemousse lui campa son chapeau sur la tête, et portant presque ce cadavre vivant, qui marchait mécaniquement, les jambes tremblantes, livide et sans regard, ils descendirent l'escalier, traversèrent le trottoir et poussèrent Christian dans le coupé d'Étiennette. Ce brusque mouvement sembla tirer l'ivrogne de son engourdissement; il releva ses paupières alourdies, jeta un regard autour de lui, et, d'une voix sourde, grommela: