Il trempa la serviette, lotionna le front et les joues du jeune homme. Celui-ci poussa un long soupir, et se détendit, comme sous une impression de soulagement. Le docteur reprit:

—Avez-vous une pharmacie, ici? Il me faudrait de l'alcali, un verre et une cuillère....

Déjà, le domestique revenait du cabinet de toilette, avec un flacon marqué d'une étiquette rouge, un gobelet de cristal et une cuillère d'argent. Augagne versa de l'eau dans le gobelet, dosa l'alcali et, avec la cuillère prenant quelques gouttes du mélange, il écarta les lèvres de Christian, puis lui renversant la tête comme à un enfant, il le contraignit à avaler. Le jeune homme fit une grimace de dégoût, ses yeux s'entr'ouvrirent, il reconnut le docteur et son père. Un sourire détendit sa bouche; il balbutia:

—Ah! c'est vous, docteur? J'aurais dû m'en douter au sale goût de ce que vous venez de me faire avaler....

—Alors, encore une cuillerée, pendant que nous y sommes? dit Augagne en introduisant à nouveau son médicament dans la bouche de Christian.

Une faible rougeur monta aux joues du malade. Son cerveau parut se dégager; il fit un mouvement pour se redresser, mais le médecin s'y opposa:

—Restez-là, ne bougez pas encore.

Un pli creusa le front de Christian. Son père venait de sortir du coin où il se tenait dans l'ombre et de s'avancer vers lui. Il gardait le silence, mais son visage exprimait une telle colère contenue que le jeune homme, avec une ironique inquiétude, murmura:

—Ah! il n'a pas l'air content, M. Vernier-Mareuil!...

Le père crispa ses mains, mais retenu par un impérieux regard du docteur, il ne répondit pas. Il marcha, mâchant sa fureur et sacrifiant le plaisir de la laisser se répandre librement à la nécessité de ménager le malheureux qu'il fallait essayer de rendre à lui-même. Mais Christian, comme excité par un irrésistible besoin de pousser à bout ce père à qui la patience paraissait si lourde, reprit d'un ton gouailleur: