[III]

Le lendemain matin, le docteur Augagne éveilla Christian en entrant dans sa chambre. Le soleil dorait les feuillages des pommiers, et les vaches paissaient lourdement l'herbe drue. La fenêtre ouverte laissa entrer un air tiède, et le parfum des luzernes en fleurs. Depuis bien des nuits, le fils de Vernier n'avait si longtemps ni si bien dormi. Il avait le teint clair et la figure reposée:

—Ça vous réussit d'avoir la jambe cassée! dit le docteur à son malade. Il y a beau jour que je ne vous ai vu une mine pareille. Si votre père vous voyait, il serait agréablement surpris....

—Quelle heure est-il?

—Il est dix heures. Les chevaux de M. Vernier marchent bien. Je suis parti de Trouville à huit heures et demie.... Et me voilà.... Voyons cette jambe.... Eh bien! mais cela ne va pas mal, l'enflure a disparu, nous allons pouvoir vous poser un appareil....

—Avec lequel je marcherai?

—N'allons pas si vite! Vous n'avez rien à faire, n'est-ce pas? J'ai ouï dire que vous aviez quelques loisirs.... Employez-les à vous soigner.... Quand vous serez remis en état, vous vous recasserez la jambe si vous voulez.... Mais, avant tout, il faut que je vous la raccommode.

—Je ne vais pas m'éterniser ici.... Je dois gêner incroyablement mes hôtes....

—Ils n'en ont pas l'air....

—Ce sont d'excellentes gens.... Mais j'ai un chez moi.... Et on m'y attend....