—Ah! vraiment, s'écria Christian avec une émotion sincère, vous me méprisez trop!
—Nullement! reprit avec fermeté Geneviève; mais, après vos confidences de ce matin, il m'est impossible de vous croire autrement que sur preuves. Quand vous aurez donné des garanties de conversion sérieuse, vous pourrez prétendre à ma confiance; jusque-là, vous ne devrez pas vous étonner de me trouver sceptique.
—Eh bien! ces preuves qu'il vous faut, je vous les fournirai.
—Faites attention que c'est vous qui les offrez. Moi, je ne vous demande rien. Je n'ai aucun droit, pas même celui de vous juger, quoique vous me le donniez avec insistance.
—C'est que vous êtes la personne dont l'opinion m'est la plus précieuse.
Elle rompit encore avec lui l'entretien, et se levant, elle dit:
—Allons, vous avez besoin de dormir, vous êtes un peu agité ce soir. Demain vous serez plus calme.
Elle lui tendit la main avec un franc et clair sourire et se retira, accompagnée de sa mère. Le lendemain, elle eut une surprise. Avant le déjeuner; son père la prit à part d'un air tout agité et lui dit sans aucune préparation:
—Il vient de m'arriver une aventure fantastique. M. Vernier m'a emmené dans son cabinet pour parler de nos affaires commerciales, et, au bout de quelques minutes, il a changé de ton et de sujet, puis, tout bonnement, il m'a demandé si tu étais en humeur de te marier et ce que tu penserais d'une union avec son fils. Comprends-tu? Avec Christian Vernier, l'unique héritier de la maison Vernier-Mareuil.... J'en suis encore abasourdi. Qu'est-ce qui peut nous valoir une fortune pareille? Ah ça, ce jeune homme t'a donc fait la cour? Il faut qu'il soit amoureux fou de toi! Ah! qu'est-ce que va dire ta mère, quand je lui annoncerai une si incroyable nouvelle?
—Mais je voudrais bien, avant tout, savoir ce que tu as répondu à M. Vernier.