Étiennette, devenue soucieuse, dit avec amertume:
—Si c'est pour me raconter ces choses-là que tu es venue me siffler mon Porto, tu aurais pu aussi bien prendre une correspondance et rentrer chez toi.
—Ne te frappe pas, ma bichette. Il faut savoir entendre la vérité, ne fût-ce que pour en tirer parti. Est-ce que tu vas jeter le manche après la cognée? Ça ne serait pas digne de toi. Comment, la femme à qui on n'a jamais pris ses amants et qui les mettait tous à la porte, toi, Étiennette Dhariel, tu resterais avec la honte d'avoir été plaquée? Et tu ne t'en vengerais pas?
—Je ne pense qu'à ça!
—A la bonne heure. La petite n'est pas encore dans sa robe de mariée! Tu as le temps de travailler. Et tant qu'il y a place entre le pot et la gueule, il ne faut pas désespérer. Imagine-toi que Clamiron m'a raconté quelles conditions la chaste enfant avait posées à notre Christian.... Ah! c'est vraiment fort! Et il faut qu'il soit rudement pincé pour y avoir consenti.
—Eh bien?
—Pendant trois mois, il doit vivre chez son père. S'il a le malheur, pendant ce temps d'épreuve, de faire une seule frasque et qu'on le sache, il est rasé, sans rémission. L'épreuve est sévère. Le baccalauréat ès-mœurs, quoi!
Étiennette resta un moment pensive, et la Mauduit en profita pour boire le verre de Porto qu'elle avait versé pour son amie. Convenablement lestée, elle prit sur la table, dans une coupe en bronze d'un splendide travail italien, une cigarette, et l'alluma. La belle Dhariel parut sourire à une idée qui venait de s'offrir à elle. De sa main blanche elle prit une cigarette, comme la Mauduit, puis d'un ton presque indifférent:
—Ah! ce pauvre Pavé est si vexé d'assister à la conversion de Christian? Eh bien! dis lui donc de passer ici. Je lui apprendrai la résignation.
—Toi?