—C'est justement parce que j'ai trop trinqué avec vous que je juge inutile de le faire une fois de plus.

—Tu deviens économe, mon vieux.

—Ah! ça n'est pas pour l'argent! Je vous régalerai, si vous voulez, mais à la condition de ne paraître qu'au dessert.

—Ça serait déjà ça! Mais tu es vraiment chiche de tes faveurs.

Ils ne parlèrent plus de cette idée de dîner. Mais les paroles de Clamiron avaient fait leur trajet dans l'esprit de Christian. Qu'est-ce qu'il risquait à convier ses amis au Café de Paris, dans un salon, pour leur faire ses adieux? N'allait-il pas, maintenant, à chaque instant, en leur compagnie, au Chalet du Cycle, à Madrid, déjeuner, sans qu'il en résultât aucun inconvénient? Il ferait les invitations lui-même. Il n'y aurait que des hommes, et, dans ces conditions, il ne courait pas grand danger. Cependant il ne prit pas de décision. Une incertitude troublait sa pensée. Il avait le pressentiment qu'il allait faire là une chose au moins inutile. Mais sa vanité le poussait à ne pas reculer. Entre ces deux impressions, il hésitait, lorsque Pavé se chargea de mettre fin à ses irrésolutions. Il arriva triomphant un matin, et dit:

—Eh bien! mon fils, les camarades sont plus chics que toi: le repas des adieux que tu ne veux pas leur payer, ce sont eux qui te l'offrent. On ne dînera pas, puisque ça te fait si peur. On déjeunera tout bonnement. Ça colle-t-il?

—Eh bien! oui! s'écria Christian. Quel jour?

—La veille du mariage à la mairie.

—Il y a soirée de contrat chez mon père.

—Eh bien, on déjeunera à midi, chez Joseph.... A deux heures, tu seras libre, vieux frère. Tu nous laisseras, dans les larmes, achever nos cigares, et tu rentreras mettre des fleurs dans les vases pour ta fiancée.