3 — Course aux aventures : — Le second Faust ; le Difforme transformé de Byron. Ex. ordinaire : le goût des voyages.

La IXe résume donc la poésie de la guerre, du vol, de l’embuscade, du coup de main, du casse-cou, la poésie de l’aventurier aux yeux clairs, de l’homme en dehors des civilisations artificielles, de l’Homme dans la pure acceptation du terme. Voyez pourtant : pas une œuvre là-dessus dans notre Gaule !

Je crains de lasser. C’est pour cela que j’ai tu, pour ces données laissées toutes rases, tant de complications savantes qu’on y ferait pousser, à l’instar des données voisines. La cynégétique pour traquer le gibier humain, héros ou bandit, — les forces conjurées pour son désastre, — les conditions où il se voit en proie à des maîtres, — la façon dont se prépare une révolte, — les alternatives de la lutte dans une audacieuse entreprise sont assurément plus complexes aujourd’hui que dans les âges anciens ; et, de plus, sur ces thèmes s’enteront à merveille des parties empruntées à des situations étrangères. Voulût-on, cependant, garder à ces thèmes leur sévérité archaïque, que ne resterait-il pas à en tirer ! De combien de manières, pour citer un exemple, ne changerait-on pas Expédition aventureuse en variant les motifs ou l’objet de l’entreprise, la nature des obstacles, la qualité du héros et les rapports antérieurs des trois éléments indispensables du drame. Course aux aventures a été à peine ébauchée. Et que d’autres nuances ne l’ont pas été !

Xe SITUATION
Enlèvement

(Ravisseur — Ravie — Gardien)

Ou le grand romanesque bourgeois ; n’était-ce pas ainsi que Molière mettait fin à ses comédies, quand il jugeait le moment venu de renvoyer son auditoire satisfait ? parfois il a remplacé la fille par une cassette, comme dans Tartufe, ou les faisait échanger l’une contre l’autre, comme dans l’Avare.

Notons dans enlèvement une des situations portant sur la rivalité et où se montre la Jalousie, bien que celle-ci n’y ait jamais été peinte avec les couleurs superbes de la XXXIVe. On remarquera, dans deux nuances ci-dessous (B et C), l’intrusion des données « Adultère » et « Retrouver un être aimé disparu » ; le même usage pourrait se faire de presque toutes les autres situations. Signalons à ceux qu’intéresserait une analyse plus détaillée, que l’amour n’est pas nécessairement le mobile du rapt (en D j’indique l’amitié déjà) soit chez le ravisseur soit chez la ravie, ni la raison des obstacles élevés par le gardien.

A — Enlèvement d’une femme non consentante : — les Orithyies d’Eschyle et de Sophocle, Europe et les Cariens d’Eschyle. — Ex. hist : les Sabines ; razzias ; etc. Cas érotique extrême : le viol (précédé d’une passion-manie, de l’état de surexcitation qui détermine, de l’intention, du guet-apens, et suivi de meurtre de la victime outragée et menaçante, des regrets devant le beau cadavre, des remords, de l’œuvre répugnante des mutilations et de l’enfouissement, puis du dégoût à vivre et des maladresses consécutives qui amènent la découverte du coupable, ce sujet me paraît tragique) ; histoire de Cassandre ; début de Germinie Lacerteux, etc.

A — Enlèvement d’une femme consentante : — L’enlèvement d’Hélène de Sophocle (rapt adultère), et la comédie du même nom, mais non du même sujet, par Lope. Autres comédies et romans sans nombre.

C 1 — Reprise de la femme sans meurtre du ravisseur : — Hélène d’Euripide, Malati et Madhava de Bhavabouti, le poète « au gosier divin ». — Enlèvement d’une sœur : — fin d’Iphigénie en Tauride.