3 — De la fille contre le père (parricide pour se délivrer de l’inceste) : — Les Cenci de Shelley.
C — Haine d’un grand-père contre son petit-fils : — Cyrus de Métastase, histoire d’Amulius au commencement de Tite-Live (motif : l’avarice tyrannique). — Haine d’un oncle contre son neveu : — La Mort de Cansa, de Crichna Cavi ; une des facettes de l’action dans Hamlet.
D — Haine d’un beau-père contre son gendre : — Agis et Saül d’Alfieri (motif : avarice tyrannique) ; histoire : César et Pompée. — Haine de deux beaux-frères ex-rivaux : — La Mer (Jean Jullien, 1891), — le seul drame moderne, soit dit en passant, où l’on ait su faire croître l’émotion par-delà la mort, bien avérée, du principal personnage : ce qui se conforme du reste à la réalité où l’on s’effraie, où l’on crie avant, mais où l’on ne pleure, où l’on ne sent la douleur absolue qu’après, tout espoir étant fini à jamais. Or, c’est le moment, chez nous, où le spectateur demande son pardessus au vestiaire : indice assurément de beaucoup d’émotion ! Qui sait ? la raison pour laquelle on se refuse aujourd’hui aux émotions fortes est peut-être là : comment, en effet, se présenter avec une figure encore ruisselante, des balbutiements et des mains tremblantes, incapables de retrouver le ticket exigé, devant ce placide corsage de l’ouvreuse en bonnet blanc et quasi-méprisante ?… Quant à l’origine de notre bizarre coutume, — d’abandonner vite, aux soins quelconques des figurants ou d’un décor désert, le héros objet jusque-là de nos transes, à peine tombé et avant qu’il soit seulement refroidi, — je la rapporte, cette origine, à la sécheresse relative de nos deux grands chefs de file, Corneille et Shakespeare : pas assez ils n’ont eu le don des larmes, ni frayé le chemin à cette Pitié, l’une des deux sources égales de la tragédie antique, et qui nous aurait, elle, préservés de notre goût si barbare pour l’intrigue en elle-même.
E — Haine d’une belle-mère contre sa future bru : — Rodogune de Corneille (motif : l’avarice tyrannique).
F — Infanticide : — Conte de Noël (M. Linant, 1890). Partie de la Puissance des Ténèbres.
Je ne répéterai pas la liste des degrés de parenté où l’on pourrait transporter successivement cette Situation : le cas de haine entre sœurs, assez fréquent, offrirait pourtant une bien belle occasion pour l’étude des inimitiés féminines, si cruelles et si durables ; les haines de mère et fille, de frère et sœur ne seraient pas moins intéressantes ; de même pour les réciproques des nuances dont nous avons fourni des exemples ; n’y aurait-il pas, surtout, une belle étude dramatique dans ce profond sujet, jusqu’ici si vulgaire parce que traité par de vulgaires mains, l’antipathie de la mère et du mari d’une jeune femme ? ne représente-t-il pas le conflit naturel entre l’Idéal, l’enfance, la pureté d’une part, et de l’autre, la Vie féconde, trompeuse, mais irrésistiblement entraînante ?
Puis le motif de la haine y change un peu, et nous repose de ce sempiternel « amour du pouvoir » de presque tous les exemples existants et, ce qu’il y a de pire, invariablement peint dans l’attitude guindée du néo-classicisme.
Le personnage du Parent commun déchiré dans ces luttes de proches par l’affection qui l’attache aux deux adversaires n’a guère été modifié non plus depuis le jour où, pour l’avancer sur la scène, Eschyle fit génialement sortir du tombeau (dans lequel la tradition la couchait) sa grandiose Jocaste ; les rôles des deux parents ennemis pourraient bien se remanier aussi. Et je ne vois enfin que Beaumont et Fletcher qui aient dessiné vigoureusement les instigateurs de ces luttes impies, des figures dignes d’attraction pourtant, — des drôles suffisamment infâmes. Aux haines de proches se rattachent naturellement les haines surgissant entre des amis. Cette nuance nous est révélée par sa symétrique qui existe en la XIVe.
XIVe SITUATION
Rivalité de proches
(Proche préféré — Proche rejeté — l’Objet)