D 1 — Les faux soupçons sont dirigés par le vrai coupable sur un de ses ennemis : — Clitandre de Corneille, et Sapho (Gounod, 1884), Catherine la Bâtarde (M. Bell, 1881).

2 — Ils sont dirigés par le vrai coupable sur la seconde des victimes qu’il a visées dès le début. C’est du machiavélisme pur : obtenir la mort de la seconde victime en la faisant punir à tort du meurtre de la première ; ajoutez à cela la parenté la plus étroite entre ces deux victimes et le juge trompé, et vous aurez toutes ces émotions réunies : apprendre la mort d’un proche, — croire à une haine impie entre deux proches, — croire même à un second cas de ce crime, aggravé cette fois du dessein de révolte, — enfin être forcé de frapper un être aimé, cru coupable. Cette intrigue est donc éminemment savante, puisqu’elle groupe, sous l’impulsion d’une ambition ou d’une vengeance, quatre autres Situations. Quant au « machiavélisme » qui a mis tout en branle, il a consisté pour celui qui l’employa précisément dans la méthode habituelle à l’écrivain, méthode transportée ici à un personnage ; c’est-à-dire que celui-ci s’abstrait du drame et, comme l’auteur, inspire aux autres personnages les sentiments nécessaires, déroule devant leurs pas les circonstances indispensables, pour les faire mécaniquement aboutir au dénouement voulu. C’est ce qui arrivera dans Artaxerce de Métastase. — Supprimez, en effet, le traître, et supposez que l’auteur ait visé le dénouement désiré par ce traître, à savoir la conséquence la plus rigoureuse entre un « fratricide supposé » et le « devoir de frapper un fils ». L’écrivain ne combinera pas autrement ses moyens. Le type du Traître (qui a pris successivement tous les costumes, hier celui du jésuite, aujourd’hui celui du déjà banal banquier juif) n’est donc pas autre chose que l’auteur lui-même masqué de noir et nouant l’une à l’autre deux ou trois situations dramatiques… Il est, ce type, de la famille du si poétique Prologue, du Deus ex machina (plus haut et plus admissible), de l’Orateur des parabases, du Valet moliéresque et du Théoricien (bon docteur, curé, journaliste, ami de la famille ou « des femmes »). C’est le vieux Narrateur du temps des monodrames.

Rien de plus naïf, par conséquent, que cette artificielle créature, qui mainte fois a ramené la chute du théâtre par l’invraisemblance.

3 — Les faux soupçons sont égarés sur un rival : — Diana (M. Paladilhe, 1885), l’Ogre (M. Marthold, 1890).

4 — Ils sont égarés sur un innocent parce qu’il refusa sa complicité : — La Tragédie de Valentinien de Beaumont et Fletcher, Aétius de Métastase.

5 — Ils sont dirigés par une femme abandonnée sur l’amant qui la quitta afin de ne pas tromper un mari : — Roger-la-Honte (M. Mary, 1888).

6 — Lutte pour se réhabiliter et se venger d’une erreur judiciaire causée à dessein : — La Dégringolade (M. Desnard, 1881), fin du Fiacre no 13, — et à peu près tous les romans-feuilletons depuis soixante ans.

XXXIVe SITUATION
Remords

(Le Coupable — la Victime (ou la faute) — l’Interrogateur)

A 1 — Remords d’un crime inconnu : — Manfred et les autres conceptions de Byron, le dernier des dramaturges anglais ; il fut aussi le dernier adversaire du Cant, qui après avoir tué l’art en Espagne sous le nom d’inquisition, en Angleterre une première fois sous le nom de puritanisme et en Allemagne sous le nom de piétisme, se présente aujourd’hui chez nous sous les traits de… Monsieur Bérenger.