VII.

Souvent on voit des mains qui sont faibles et lasses
D'avoir voulu cueillir trop de roses ou d'âmes;
Elles pendent le long du corps comme des rames,
Et ce n'est que du silence qu'elles déplacent
En remuant, de temps en temps, dans l'air à peine!
Mains qui voudraient un peu s'amarrer à la rive,
Mais que la vie, au fil de son courant, entraîne,
Mains sans espoirs et sans désirs, à la dérive…

VIII.

Dans les portraits anciens où le temps collabore,
Les mains ont mûri. Mains comme des fruits ambrés!
Combien de souvenirs tout à coup remembrés!
Car dans ces mains, c'est toute une âme qu'on explore;
Dans ces veines, c'est tout un sang qui transparaît.
Les mains ne sont-ce pas les échos du visage
Qui divulguent ce qu'il taisait comme un secret?
Comment élucider le sens d'un paysage?
Mais voici l'aide et la logique des chemins;
Or elles ont aussi leurs longs chemins, les mains,
Qui se croisent et se quittent, comme en des feintes,
Lignes où s'éclaircit l'énigme des mains peintes!
Que de signes encore aux mains des vieux portraits:
Un pli, comme d'avoir trop feuilleté la Bible;
Des bagues prolongeant sur les doigts leurs ors frais
Où quelque opale ou quelque améthyste, sensible
Comme un oeil, éternise un ancien amour mort;
Ou bien encore un sceptre, une rose tenue,
En un geste fixé d'orgueil ou de remords;
Ou bien la main sans but qui s'offre toute nue
Mais dont l'inflexion raconte le destin:
À quels fuseaux de brume elle s'est occupée;
Pour qui, pour quelle cause, elle a tenu l'épée;
Si ce fut une chevelure ou du butin
Qu'elle aima manier au lointain des années.
Mains probantes, encor qu'elles se soient fanées,
Mains qui conservent des reflets comme un miroir,
Mains des anciens portraits où tout peut se revoir,
Dont les lignes sont des indices et des preuves
Recomposant l'homme ou la femme du portrait,
Comme un royaume, mort, encor se connaîtrait
Par le cours survécu des ruisseaux et des fleuves.

IX.

Toutes ces mains: les mains des morts enfin inertes
Qui tiennent droit un vieux crucifix comme une arme,
Ou bien parfois quelques violettes de Parme;
Et d'autres mains, les mains d'amants qui sont expertes

À manier la chevelure d'une amante,
À la bien partager en deux sur chaque épaule,
À l'agiter comme le feuillage d'un saule
Qui, dans le vent changeant, s'étrécit ou s'augmente.

Mains des fermes vendangeant les grappes du lait;
Mains des berceaux dépliant leurs roses trémières;
Et les mains des couvents en qui le chapelet
Est un silencieux écheveau de prières;

Toutes les mains s'évertuant vers des bonheurs,
Mains mystiques, mains guerrières, si variées:
Les mains, couleur de la lune, des mariées;
Les mains, couleur de grand soleil, des moissonneurs;

Toutes: celles semant du grain ou des idées;
Accouchant le bloc de marbre, de la statue,
Ou la mère, de l'enfant qui la perpétue;
Toutes les mains, jeunes, vieilles, lisses, ridées,