Les petites filles reprirent ensemble une autre chanson, encore un souvenir:

Trois filles dedans un pré...
Mon cœur vole (bis)!
Mon cœur vole à votre gré!

«Scélérats d'enfants! dit un brave paysan qui s'était arrêté près de moi à les écouter... Mais vous êtes trop gentilles!... Il faut danser à présent.»

Les petites filles se levèrent de l'escalier et dansèrent une danse singulière qui m'a rappelé celle des filles grecques dans les îles.

Elles se mettent toutes,—comme on dit chez nous,—à la queue leleu; puis un jeune garçon prend les mains de la première et la conduit en reculant, pendant que les autres se tiennent les bras, que chacune saisit derrière sa compagne. Cela forme un serpent qui se meut d'abord en spirale et ensuite en cercle, et qui se resserre de plus en plus autour de l'auditeur, obligé d'écouter le chant, et quand la ronde se resserre, d'embrasser les pauvres enfants, qui font cette gracieuseté à l'étranger qui passe.

Je n'étais pas un étranger, mais j'étais ému jusqu'aux larmes en reconnaissant, dans ces petites voix, des intonations, des roulades, des finesses d'accent, autrefois entendues,—et qui, des mères aux filles, se conservent les mêmes...

La musique, dans cette contrée, n'a pas été gâtée par l'imitation des opéras parisiens, des romances de salon ou des mélodies exécutées par les orgues. On en est encore, à Senlis, à la musique du seizième siècle, conservée traditionnellement depuis les Médicis. L'époque de Louis XIV a aussi laissé des traces. Il y a dans les souvenirs des filles de la campagne, des complaintes—d'un mauvais goût ravissant.

On trouve là des restes de morceaux d'opéras, du seizième siècle, peut-être,—ou d'oratorios du dix-septième.

DELPHINE.

J'ai assisté autrefois à une représentation, donnée à Senlis dans une pension de demoiselles.