Le roi Loyt est sur son pont
Tenant sa fille en son giron.
Elle lui demande un cavalier...
Qui n'a pas vaillant six deniers!
—Oh! oui, mon père, je l'aurai
Malgré ma mère qui m'a porté.
Aussi malgré tous mes parents
Et vous, mon père ... que j'aime tant!
—Ma fille, il faut changer d'amour,
Ou vous entrerez dans la tour...
—J'aime mieux rester dans la tour,
Mon père! que de changer d'amour!
—Vite ... où sont mes estafiers.
Aussi bien que mes gens de pied?
Qu'on mène ma fille à la tour,
Elle n'y verra jamais le jour!
Elle y resta sept ans passés
Sans que personne pût la trouver:
Au bout de la septième année
Son père vint la visiter.
—Bonjour, ma fille! comme vous en va?
—Ma foi, mon père ... ça va bien mal;
J'ai les pieds pourris dans la terre.
Et les côtés mangés des vers.
—Ma fille, il faut changer d'amour...
Ou vous resterez dans la tour.
—J'aime mieux rester dans la tour,
Mon père, que de changer d'amour!
Nous venons de voir le père féroce;—voici maintenant le père indulgent.
Il est malheureux de ne pouvoir vous faire entendre les airs,—qui sont aussi poétiques que ces vers, mêlés d'assonances, dans le goût espagnol, sont musicalement rhythmés:
Dessous le rosier blanc
La belle se promène...
Blanche comme la neige,
Belle comme le jour:
Au jardin de son père
Trois cavaliers l'ont pris.
On a gâté depuis cette légende en y refaisant des vers, et en prétendant qu'elle était du Bourbonnais. On l'a même dédiée, avec de jolies illustrations, à l'ex-reine des Français... Je ne puis vous la donner entière; voici encore les détails dont je me souviens:
Trois capitaines passent à cheval près du rosier blanc:
Le plus jeune des trois
La prit par sa main blanche:
—Montez, montez la belle,
Dessus mon cheval gris.
On voit encore, par ces quatre vers, qu'il est possible de ne pas rimer en poésie;—c'est ce que savent les Allemands, qui, dans certaines pièces, emploient seulement les longues et les brèves, à la manière antique.
Les trois cavaliers et la jeune fille, montée en croupe derrière le plus jeune, arrivent à Senlis. «Aussitôt arrivés, l'hôtesse la regarde:»
Entrez, entrez, la belle;
Entrez sans plus de bruit,
Avec trois capitaines
Vous passerez la nuit!