Le même mouvement a existé après 1830, après 1794, après 1716 et après bien d'autres dates antérieures. Les esprits, fatigués des conventions politiques ou romanesques, voulaient du vrai à tout prix.
Or, le vrai, c'est le faux, du moins en art et en poésie. Quoi de plus faux que l'Iliade, que l'Énéide, que la Jérusalem délivrée, que la Henriade? que les tragédies, que les romans?...
—Eh bien, moi, dit le critique, j'aime ce faux. Est-ce que cela m'amuse, que vous me racontiez votre vie pas à pas, que vous analysiez vos rêves, vos impressions, vos sensations?... Que m'importe que vous ayez couché à la Sirène, chez le Vallois? Je présume que cela n'est pas vrai, ou bien que cela est arrangé. Vous me direz d'aller y voir... Je n'ai pas besoin de me rendre à Meaux! Du reste, les mêmes choses m'arriveraient, que je n'aurais pas l'aplomb d'en entretenir le public. Et d'abord est-ce que l'on croit à cette femme aux cheveux de mérinos?
Je suis forcé d'y croire; et plus sûrement encore que par les promesses de l'affiche. L'affiche existe, mais la femme pourrait ne pas exister... Eh bien, le saltimbanque n'avait rien écrit que de véritable.
La représentation a commencé à l'heure dite. Un homme assez replet, mais encore vert, est entré en costume de Figaro. Les tables étaient garnies en partie par le peuple de Meaux, en partie par les cuirassiers du 6e.
M. Montaldo—car c'était lui—a dit avec modestie:
—Signori, ze vais vi faire entendre le grand aria di Figaro. Il commence.
—Tra de ra la, de ra la, de ra la, ah!...
Sa voix, un peu usée, mais encore agréable, était accompagnée d'un basson.
Quand il arriva au vers: Largo al fattotum délia cita! je crus devoir me permettre une observation. Il prononçait cita. Je dis tout haut: Tchita! ce qui étonna un peu les cuirassiers et le peuple de Meaux. Le chanteur me fit un signe d'assentiment, et, quand il arriva à cet autre vers: «Figaro-ci, Figaro-là ...» il eut soin de prononcer tchi.—J'étais flatté de cette attention.