LA BOUQUETIÈRE. Pourquoi donc la nature, en me donnant son apparence, aurait-elle oublié la voix? Je chante fort bien, je vous jure; mais les directeurs de San-Carlo n'auraient jamais l'idée d'aller ramasser une prima donna sur la place publique... Écoutez ces vers d'opéra que j'ai retenus pour les avoir entendus seulement au petit théâtre de la Fenice. (Elle chante.)
AIR ITALIEN.
Qu'il m'est doux—de conserver la paix du cœur,—le calme
de la pensée.
Il est sage d'aimer—dans la belle saison de l'âge;—plus
sage de n'aimer pas...
FABIO, tombant à ses pieds. Oh! madame, qui vous méconnaîtrait maintenant? Mais cela ne peut être... Vous êtes une déesse véritable, et vous allez vous envoler! Mon Dieu! qu'ai-je à répondre à tant de bontés? je suis indigne de vous aimer, pour ne vous avoir point d'abord reconnue!
CORILLA. Je ne suis donc plus la bouquetière?... Eh bien! je vous remercie-, j'ai étudié ce soir un nouveau rôle, et vous m'avez donné la réplique admirablement.
FABIO. Et Marcelli?
CORILLA. Tenez, n'est-ce pas lui que je vois errer tristement le long de ces berceaux, comme vous faisiez tout à l'heure?
FABIO. Évitons-le, prenons une allée.
CORILLA. Il nous a vus, il vient à nous.