—Si vous n'êtes pas fatigué, je vais vous faire courir encore. Nous irons voir ma grand'tante à Olhys.

J'avais à peine répondu, qu'elle se leva joyeusement, arrangea ses cheveux devant un miroir et se coiffa d'un chapeau de paille rustique. L'innocence et la joie éclataient dans ses yeux. Nous partîmes en suivant les bords de la Thève, à travers les prés semés de marguerites et de boutons d'or, puis le long des bois de Saint-Laurent, franchissant parfois les ruisseaux et les halliers pour abréger la route. Les merles sifflaient dans les arbres, et les mésanges s'échappaient joyeusement des buissons frôlés par notre marche.

Parfois nous rencontrions sous nos pas les pervenches si chères à Rousseau, ouvrant leurs corolles bleues parmi ces longs rameaux de feuilles accouplées, lianes modestes qui arrêtaient les pieds furtifs de ma compagne. Indifférente aux souvenirs du philosophe genevois, elle cherchait çà et là les fraises parfumées, et, moi, je lui parlai de la Nouvelle Héloïse, dont je récitais par cœur quelques passages.

—Est-ce que c'est joli? dit-elle.

—C'est sublime.

—Est-ce mieux qu'Auguste Lafontaine?

—C'est plus tendre.

—Oh! bien, dit-elle, il faut que je lise cela. Je dirai à mon frère de me l'apporter, la première fois qu'il ira à Senlis.

Et je continuais à réciter des fragments de l'Héloïse pendant que Sylvie cueillait des fraises.