I—LE MATIN ET LE SOIR
Que dirons-nous de la jeunesse, ô mon ami! Nous en avons passé les plus vives ardeurs, il ne nous convient plus d'en parler qu'avec modestie, et cependant à peine l'avons-nous connue! à peine avons-nous compris qu'il fallait en arriver bientôt à chanter pour nous-mêmes l'ode d'Horace: Eheu! fugaces, Posthume ... si peu de temps après l'avoir expliquée.... Ah! l'étude nous a pris nos plus beaux instants! Le grand résultat de tant d'efforts perdus, que de pouvoir, par exemple, comme je l'ai fait ce matin, comprendre le sens d'un chant grec qui résonnait à mes oreilles sortant de la bouche avinée d'un matelot levantin:
Nè kalimèra! nè orà kali!
Tel était le refrain que cet homme jetait avec insouciance au vent des mers, aux flots retentissants qui battaient la grève: «Ce n'est pas bonjour, ce n'est pas bonsoir!» Voilà le sens que je trouvais à ces paroles, et, dans ce que je pus saisir des autres vers de ce chant populaire, il y avait, je crois, celle pensée:
Le matin n'est plus, le soir pas encore!
Pourtant de nos yeux l'éclair a pâli;
et le refrain revenait toujours:
Nè kalimèra! nè orà kali!
mais, ajoutait la chanson,
Mais le soir vermeil ressemble à l'aurore!
Et la nuit, plus tard, amène l'oubli!