—C'est Allah qui vient juger le monde! hurlait la troupe des insensés.

Deux d'entre ces derniers avaient pris place à la droite et à la gauche de Hakem, criant:

—Venez tous aux assises que tient notre seigneur Hakem.

Les croyants réunis dans la mosquée ne pouvaient comprendre que la prière fut ainsi troublée; mais l'inquiétude répandue par l'approche des ennemis disposait tout le monde aux événements extraordinaires. Quelques-uns fuyaient, semant l'alarme dans les rues; d'autres criaient:

—C'est aujourd'hui le jour du dernier jugement!

Et cette pensée réjouissait les plus pauvres et les plus souffrants, qui disaient:

—Enfin, Seigneur! enfin voici ton jour!

Quand Hakem se montra sur les marches de la mosquée, un éclat surhumain environnait sa face, et sa chevelure, qu'il portait toujours longue et flottante contre l'usage des musulmans, répandait ses longs anneaux sur un manteau de pourpre dont ses compagnons lui avaient couvert les épaules. Les juifs et les chrétiens, toujours nombreux dans cette rue Soukarieh qui traverse les bazars, se prosternaient eux-mêmes, disant:

—C'est le véritable Messie, ou bien c'est l'Antéchrist annoncé par les Écritures pour paraître mille ans après Jésus!