—C'est, dit M. Conti, qu'ils ne logent personne qui ne leur ait été adressé avec une lettre de recommandation.
—Eh bien, c'est fort commode, dit le Marseillais; mais je les connais tous, les moines, ce sont là leurs manières; quand ils voient de pauvres diables, ils ont toujours la même chose à dire. Les gens à leur aise donnent huit piastres (deux francs) par jour dans chaque couvent; on ne les taxe pas, mais c'est le prix, et avec cela ils sont sûrs d'être bien accueillis partout.
—Mais on recommande aussi de pauvres pèlerins, dit M. Conti, et les pères les accueillent gratuitement.
—Sans doute, et puis, au bout de trois jours, on les met à la porte, dit le Marseillais. Et combien en reçoivent-ils, de ces pauvres-là, par année? Vous savez bien qu'en France on n'accorde de passeport pour l'Orient qu'aux gens qui prouvent qu'ils ont de quoi faire le voyage.
—Ceci est très-exact, dis-je à M. Conti, et rentre dans les maximes d'égalité applicables à tous les Français ... quand ils ont de l'argent dans leur poche.
—Vous savez sans doute, répondit-il, que, d'après les capitulations avec la Porte, les consuls sont forcés de rapatrier ceux de leurs nationaux qui manqueraient de ressources pour retourner en Europe. C'est une grosse dépense pour l'État.
—Ainsi, dis-je, plus de croisades volontaires, plus de pèlerinages possibles, et nous avons une religion d'État!
—Tout cela, s'écria le Marseillais, ne nous donne pas un logement pour ces braves gens.
—Je les recommanderais bien, dit M. Conti; mais vous comprenez que, dans tous les cas, un couvent catholique ne peut pas recevoir un prêtre grec avec sa femme. Il y a ici un couvent grec où ils peinent aller.
-Eh! que voulez-vous! dit le Marseillais, c'est encore une affaire pire. Ces pauvres diables sont des Grecs schismatiques; dans toutes les religions, plus les croyances se rapprochent, plus les croyants se détestent; arrangez cela.... Ma foi, je vais frapper à la porte d'un Turc. Ils ont cela de bon, au moins, qu'ils donnent l'hospitalité à tout le monde.