—Demandez-leur donc ce que je dois savoir, dis-je enfin au Marseillais.
—Ils disent qu'il est temps de retourner chez le pacha.
—Pour quoi faire?
—Pour dîner avec lui.
—Ma foi, dis-je, je n'y comptais plus; le pacha ne m'avait pas invité.
—Du moment qu'il vous faisait accompagner, cela allait de soi-même.
—Mais, dans ces pays-ci, le dîner a lieu ordinairement vers midi.
—Non pas chez les Turcs, dont le repas principal se fait au coucher du soleil, après la prière.
Je pris congé du Marseillais et je retournai au kiosque du pacha. En traversant la plaine couverte d'herbes sauvages brûlées par le soleil, j'admirais l'emplacement de l'ancienne ville, si puissante et si magnifique, aujourd'hui réduite à cette langue de terre informe qui s'avance dans les flots et où se sont accumulés les débris de trois bombardements terribles depuis cinquante ans. On heurte à tout moment du pied dans la plaine des débris de bombes et des boulets dont le sol est criblé.