J'allai de là chez le peintre de l'hôtel Domergue, qui me cria de toute sa voix de sourd:
—Si c'est devant le consul,... ne vous mariez pas!
Il y a, quoi qu'on fasse, un certain préjugé religieux qui domine l'Européen en Orient, du moins dans les circonstances graves. Faire un mariage à la cophte, comme on dit au Caire, ce n'est rien que de fort simple; mais le faire avec une toute jeune enfant, qu'on vous livre pour ainsi dire, et qui contracte un lien illusoire pour vous-même, c'est une grave responsabilité morale assurément.
Comme je m'abandonnais à ces sentiments délicats, je vis arriver Abdallah revenu de Suez; j'exposai ma situation.
—Je m'étais bien douté, s'écria-t-il, qu'on profiterait de mon absence pour vous faire faire des sottises. Je connais la famille. Vous êtes-vous inquiété de la dot?
—Oh! peu m'importe; je sais qu'ici ce doit être peu de chose.
—On parle de vingt mille piastres (cinq mille francs).
—Eh bien, c'est toujours cela.
—Comment donc! mais c'est vous qui devez les payer.
—Ah! c'est bien différent.... Ainsi, il faut que j'apporte une dot, au lieu d'en recevoir une?