I—L'ASCENSION

Avant de partir, j'avais résolu de visiter les pyramides, et j'allai revoir le consul général pour lui demander des avis sur cette excursion. Il voulut absolument faire encore cette promenade avec moi, et nous nous dirigeâmes vers le vieux Caire. Il me parut triste pendant le chemin, et toussait beaucoup d'une toux sèche, lorsque nous traversâmes la plaine de Karafeh.

Je le savais malade depuis longtemps, et il m'avait dit lui-même qu'il voulait du moins voir les pyramides avant de mourir. Je croyais qu'il s'exagérait sa position; mais, lorsque nous fûmes arrivés au bord du Nil, il me dit:

—Je me sens déjà fatigué...; je préfère rester ici. Prenez la cange que j'ai fait préparer; je vous suivrai des yeux, et je croirai être avec vous. Je vous prie seulement de compter le nombre exact des marches de la grande pyramide, sur lequel les savants sont en désaccord, et, si vous allez jusqu'aux autres pyramides de Saccarah, je vous serai obligé de me rapporter une momie d'ibis.... Je voudrais comparer l'ancien ibis égyptien avec cette race dégénérée des courlis que l'on rencontre encore sur les rives du Nil.

Je dus alors m'embarquer seul à la pointe de l'île de Roddah, pensant avec tristesse à cette confiance des malades qui peuvent rêver à des collections de momies, sur le bord de leur propre tombe.

La branche du Nil entre Roddah et Gizèh a une telle largeur, qu'il faut une demi-heure environ pour la passer.

Quand on a traversé Gizèh, sans trop s'occuper de son école de cavalerie et de ses fours à poulets, sans analyser ses décombres, dont les gros murs sont construits par un art particulier avec des vases de terre superposés et pris dans la maçonnerie, bâtisse plus légère et plus aérée que solide, on a encore devant soi deux lieues de plaines cultivées à parcourir avant d'atteindre les plateaux stériles où sont posées les grandes pyramides, sur la lisière du désert de Libye.

Plus on approche, plus ces colosses diminuent. C'est un effet de perspective qui tient sans doute à ce que leur largeur égale leur élévation. Pourtant, lorsqu'on arrive au pied, dans l'ombre même de ces montagnes faites de main d'homme, on admire et l'on s'épouvante. Ce qu'il faut gravir pour atteindre au faîte de la première pyramide, c'est un escalier dont chaque marche a environ un mètre de haut. En s'élevant, ces marches diminuent un peu,—d'un tiers tout au plus pour les dernières.

Une tribu d'Arabes s'est chargée de protéger les voyageurs et de les guider dans leur ascension sur la principale pyramide. Dès que ces gens aperçoivent un curieux qui s'achemine vers leur domaine, ils accourent à sa rencontre au grand galop de leurs chevaux, faisant une fantasia toute pacifique et tirant en l'air des coups de pistolet pour indiquer qu'ils sont à son service, tout prêts à le défendre contre les attaques de certains Bédouins pillards qui pourraient par hasard se présenter.