—Reine, s'écria-t-il encore en appuyant sur chaque mot, mes accusations, en vous laissant indifférente, ont éclairci mes doutes. Dorénavant je m'abstiendrai de nuire dans votre esprit à ce roi qui n'y tient aucune place....

—Enfin, maître, à quoi bon me presser ainsi? Lors même que je n'aimerais pas le roi Soliman....

—Avant notre entretien, interrompit à voix basse et avec émotion l'artiste, vous aviez cru l'aimer.

Saharil s'éloigna, et la reine se détourna confuse.

—Ah! de grâce, madame, laissons ces discours: c'est la foudre que j'attire sur ma tête! Un mot, errant sur vos lèvres, recèle pour moi la vie ou la mort. Oh! ne parlez pas! Je me suis efforcé d'arriver à cet instant suprême, et c'est moi qui l'éloigne. Laissez-moi le doute; mon courage est vaincu, je tremble. Ce sacrifice, il faut m'y préparer. Tant de grâces, tant de jeunesse et de beauté rayonnent en vous, hélas! ... et qui suis-je à vos yeux? Non, non, dussé-je y perdre un bonheur ... inespéré, retenez votre souffle, qui peut jeter à mon oreille une parole qui tue. Ce cœur faible n'a jamais battu; sa première angoisse le brise, et il me semble que je vais mourir.

Balkis n'était guère mieux assurée, un coup d'œil furtif sur Adoniram lui montra cet homme si énergique, si puissant et si fier, pâle, respectueux, sans force, et la mort sur les lèvres. Victorieuse et touchée, heureuse et tremblante, le monde disparut à ses yeux.

—Hélas! balbutia cette fille royale, moi non plus, je n'ai jamais aimé.

Sa voix expira sans qu'Adoniram, craignant de s'éveiller d'un rêve, osât troubler ce silence.

Bientôt Sarahil se rapprocha, et tous deux comprirent qu'il fallait parler, sous peine de se trahir. La huppe voltigeait çà et là autour du statuaire, qui s'empara de ce sujet.