—Ta bonne foi te sauve; ne crains rien, Méthousaël, de la tribu de Ruben!
—Le front couvert d'un cafetan, le visage enduit d'une teinture sombre, je me suis mêlé, à la faveur de la nuit, aux eunuques noirs qui entourent la princesse: Adoniram s'est glissé dans l'ombre jusqu'à ses pieds; il l'a longuement entretenue, et le vent du soir a porté jusqu'à mon oreille le frémissement de leurs paroles; une heure avant l'aube, je me suis esquivé: Adoniram était encore avec la princesse....
Soliman contint une colère dont Méthousaël reconnut les signes sur ses prunelles.
—O roi! s'écria-t-il, j'ai dû obéir; mais permettez-moi de ne rien ajouter.
—Poursuis! je te l'ordonne.
—Seigneur, l'intérêt de votre gloire est cher à vos sujets. Je périrai s'il le faut; niais mon maître ne sera point le jouet de ces étrangers perfides. Le grand prêtre des Sabéens, la nourrice et deux des femmes de la reine sont dans le secret de ces amours. Si j'ai bien compris, Adoniram n'est point ce qu'il paraît être, et il est investi, ainsi que la princesse, d'une puissance magique. C'est par là qu'elle commande aux habitants de l'air, comme l'artiste aux esprits du feu. Néanmoins, ces êtres si favorisés redoutent votre pouvoir sur les génies, pouvoir dont vous êtes doué à votre insu. Sarahil a parlé d'un anneau constellé dont elle a expliqué les propriétés merveilleuses à la reine étonnée, et l'on a déploré à ce sujet une imprudence de Balkis. Je n'ai pu saisir le fond de l'entretien, car on avait baissé la voix, et j'aurais craint de me perdre en m'approchant de trop près. Bientôt Sarahil, le grand prêtre, les suivantes, se sont retirés en fléchissant le genou devant Adoniram, qui, comme je l'ai dit, est resté seul avec la reine de Saba. O roi! puissé-je trouver grâce à vos yeux, car la tromperie n'a point effleuré mes lèvres!
—De quel droit penses-tu donc sonder les intentions de ton maître? Quel que soit notre arrêt, il sera juste.... Que cet homme soit enfermé dans le temple comme ses compagnons; il ne communiquera point avec eux, jusqu'au moment où nous ordonnerons de leur sort.
Qui pourrait dépeindre la stupeur du grand prêtre Sadoc, tandis que les muets, prompts et discrets exécuteurs des volontés de Soliman, entraînaient Méthousaël terrifié?
—Vous le voyez, respectable Sadoc, reprit le monarque avec amertume, votre prudence n'a rien pénétré; sourd à nos prières, peu touché de nos sacrifices, Adonaï n'a point daigné éclairer ses serviteurs, et c'est moi seul, à l'aide de mes propres forces, qui ai dévoilé la trame de mes ennemis. Eux, cependant, ils commandent aux puissances occultes. Ils ont des dieux fidèles ... et le mien m'abandonne!
—Parce que vous le dédaignez pour rechercher l'union d'une femme étrangère. O roi, bannissez de votre âme un sentiment impur, et vos adversaires vous seront livrés. Mais comment s'emparer de cet Adoniram qui se rend invisible, et de cette reine que l'hospitalité protége?