Trois ou quatre jours après la naissance d'un enfant, les femmes de la maison, si l'accouchée appartient à l'une des classes élevées ou à l'aise, préparent des mets composés de miel, de beurre clarifié, d'huile de sésame, d'épices et d'aromates, auxquels on ajoute parfois des noisettes grillées[1].
L'enfant est ensuite proclamé par des femmes ou des jeunes filles dans tout le harem; chacune d'elles porte des cierges allumés de couleurs différentes: ces cierges, coupés en deux, sont placés dans des mottes d'une certaine pâte formée de henné; on en met plusieurs sur un plateau. La sage-femme, ou une autre des dames présentes, jette à terre du sel mêlé avec de la graine de fenouil. Ce mélange, placé la veille à la tête du berceau de l'enfant, sert à le préserver des maléfices. La femme qui répand de ce sel dit. «Que ce sel se loge dans l'œil de celui qui ne bénit pas le prophète!» ou bien: «Que ce sel impur tombe dans l'œil de l'envieux!» et chacune des personnes présentes répond: «O Dieu! protège notre seigneur Mahomet! »
Un plateau en argent est présenté à chacune des femmes; elles disent à haute voix: «O Dieu! protège notre seigneur Mahomet! que Dieu t'accorde de longues années! etc.» Les femmes donnent ordinairement un mouchoir brodé, dans l'un des coins duquel se trouve une pièce d'or; ce mouchoir est le plus souvent placé sur la tête de l'enfant ou à ses côtés. Le don d'un mouchoir est considéré comme une dette contractée que l'on acquitte en pareille occasion, ou qui sert à payer une dette contractée en une semblable occasion. Les pièces de monnaie ainsi recueillies servent à orner pendant plusieurs années la coiffure de l'enfant. Outre ces largesses, on donne aussi à la sage-femme. La veille du septième jour, une carafe remplie d'eau, et dont le goulot est entouré d'un mouchoir brodé, est placé à la tête du berceau de l'enfant endormi. La sage-femme prend ensuite une carafe qu'elle place sur un plateau, et elle offre à chaque femme qui vient visiter la femme en couche un verre de cette eau, que chacune d'elles paye au moyen d'une gratification.
Pendant un certain temps après l'accouchement, et qui diffère selon la position ou les doctrines des diverses sectes, mais qui d'ordinaire est de quarante jours, la femme qui a mis au monde un enfant est considérée comme impure. Après le temps appelé nifa, elle va au bain, et dès lors elle est purifiée.
[1] Quelques femmes joignent encore à ces mets, s'ils ne sont pas destinés à des amies, une pâte composée d'escargots qui doit, à ce qu'elles croient, engraisser les femmes.
IV—LES DANSEUSES D'ÉGYPTE
De toutes les danseuses de l'Égypte, les plus renommées sont les Ghawazies, ainsi désignées du nom de leur tribu. Une femme de cette tribu est appelée Gaziyeh, un homme Ghazy, et le pluriel Ghawazys est généralement appliqué aux femmes. Leur danse n'est pas toujours gracieuse. D'abord elles commencent avec une sorte de réserve; mais bientôt leur regard s'anime, le bruit de leurs castagnettes de cuivre devient plus rapide, et, par l'énergie croissante de tous leurs mouvements, elles finissent par donner la représentation exacte de la danse des femmes de Gadès, telle qu'elle est décrite par Martial et par Juvénal. Le costume dans lequel elles se montrent ainsi est semblable à celui que les Égyptiennes de la classe moyenne portent dans l'intérieur du harem. Il consiste dans le yalek ou an tery, le shintyan, etc., composés de belles étoffes, et auxquels elles ajoutent des ornements variés. Le tour de leurs yeux est nuancé d'un collyre noir; l'extrémité des doigts, la paume de la main et certaine partie du pied sont colorées avec la teinture rouge du henné, selon l'usage commun aux Égyptiennes de toutes les conditions. En général, ces danseuses sont suivies de musiciens appartenant pour la plupart à la même tribu; leurs instruments sont le kemenyeh ou le rebab, le tar ou tarabouk et le zorah. Mais le tar, en particulier, est ordinairement entre les mains d'une vieille femme. Il arrive souvent qu'à l'occasion de certaines fêtes de famille, telles que mariages ou naissances, on laisse les Ghawazies danser dans la cour des maisons, ou, dans la rue, devant les portes, mais sans jamais les admettre dans l'intérieur d'un harem honnête, tandis qu'au contraire il n'est pas rare qu'on les loue pour le divertissement d'une réunion d'hommes. Dans ce cas, comme on peut l'imaginer, leurs exercices sont encore plus lascifs que nous ne le disions plus haut. Quelques-unes d'entre elles ne portent pour tout vêtement, dans ces réunions privées, que le shintyan (ou caleçon) et le tob, c'est-à-dire une chemise ou robe très-ample en gaze de couleur, demi-transparente, et ouverte par devant à peu près jusqu'à mi-jupe. S'il arrive alors qu'elles affectent encore un reste de pudeur, cela ne tient pas longtemps contre les liqueurs enivrantes qu'on leur verse abondamment.