Les Égyptiens s'amusent souvent à voir représenter des farces basses et ridicules qu'on appelle mouabazins. Ces représentations ont souvent lieu dans les fêtes qui précèdent les mariages et les circoncisions chez les grands, et attirent quelquefois de nombreux spectateurs sur les places publiques du Caire; mais elles sont rarement dignes d'être décrites, car c'est principalement par de vulgaires et indécentes plaisanteries qu'elles obtiennent des applaudissements. Il n'y a que des hommes pour acteurs, les rôles de femmes étant toujours remplis par des hommes ou de jeunes garçons dans l'accoutrement féminin.
Voici, comme spécimen de leurs pièces, un aperçu de l'une de celles qui furent jouées devant Méhémet-Ali, à l'occasion de la circoncision de l'un de ses fils, où, selon l'usage, plusieurs enfants étaient également circoncis.
Les personnages du drame étaient un nazir ou gouverneur de district, un cheik-el-beled, ou chef de village, un serviteur de ce dernier, un clerc cophte, un pauvre diable endetté envers le gouvernement, sa femme et cinq autres personnages qui faisaient leur entrée, deux en jouant du tambour, un troisième du hautbois, et les deux autres en dansant. Après qu'ils ont un peu dansé et joué de leurs instruments, le nazir et les autres personnages font leur entrée et se mettent en cercle.
Le nazir demande:
—Combien doit Owad, le fils de Regeb?
Les musiciens et les danseurs, qui jouent alors le rôle de simples fellahs, répondent:
—Dites au clerc de consulter le registre.
Ce clerc est vêtu comme un Cophte; il a un turban noir et porte à sa ceinture tout ce qu'il faut pour écrire. Le cheik lui dit:
—Pour combien est noté Owad, le fils de Regeb?
Le clerc répond: