Pour tout dire et pour épuiser ce sujet, signalons encore la représentation d'une colombe dorée qui orne la proue du caïque de l'empereur. Du temps de d'Ohsson, c'était un aigle qui décorait la barque du sultan régnant; peut-être chacun d'eux adopte-t-il un oiseau symbolique; en tout cas, c'est le seul qu'il soit permis de représenter. Maintenant, comment expliquer encore l'existence première des petites figures qui servent pendant le Ramazan, aux spectacles de Caragueus. Ce sont à la fois des marionnettes et des ombres chinoises. Leurs couleurs ressortent parfaitement derrière une toile fine très-éclairée, et tous les costumes des différents peuples et des différentes professions sont imités avec une perfection qui ajoute à l'attrait du spectacle; le principal personnage seul est, comme notre Polichinelle, invariable dans sa forme ... et dans sa difformité.


X—LA VIE DOMESTIQUE CHEZ LES ÉGYPTIENS

La vie domestique des classes inférieures est, en général, si simple, comparée à celle des classes plus élevées, qu'elle n'offre que fort peu d'intérêt.

À l'exception d'une petite partie qui demeure dans les villes, la majorité des classes inférieures se compose de gens nommés fellahs (agriculteurs). Ceux qui habitent les grandes villes, et même les villes d'une moindre étendue, ainsi qu'un petit nombre de ceux qui se trouvent dans les villages, sont de petits marchands, des artisans ou bien des domestiques; leur salaire est très-minime, et presque généralement il est insuffisant pour les nourrir, eux et leurs familles.

Leur principale nourriture est du pain de millet ou du maïs, du laitage, du fromage mou, des œufs et des petits poissons salés nommés fiseck. Ils se nourrissent aussi de concombres, de melons et de gourdes que l'on a en abondance, d'oignons, de poireaux, de fèves, de pois chiches, de lentilles, de dattes fraîches ou séchées, et de légumes marinés. Ils mangent les légumes toujours crus; les paysans se régalent quelquefois d'épis de maïs presque mûrs qu'ils font rôtir devant le feu ou cuire au four. Le prix du riz ne permet pas aux paysans d'en manger; il en est de même de la viande.

Le grand luxe de ces gens simples est le tabac, peu coûteux, qu'ils cultivent et font sécher eux-mêmes. Ce tabac est verdâtre, et son arôme est assez agréable.

Quoique toutes les denrées dont il est question ci-dessus soient à bon marché, les personnes pauvres ne peuvent guère se procurer autre chose que du pain grossier qu'elles humectent dans un mélange nommé sukkah, qui est composé de sel, de poivre et de zalaar (espèce de marjolaine sauvage), ou bien de menthe ou de graine de cumin. A chaque bouchée, le pain est trempé dans ce mélange.—En songeant combien est pauvre la nourriture des paysans égyptiens, on est étonné de voir leur air de santé, leur structure robuste et la somme de travail qu'ils peuvent supporter.

Les femmes des classes inférieures sont rarement inactives, et beaucoup d'entre elles sont vouées à des travaux plus pénibles que ceux des hommes. Leurs occupations consistent notamment à préparer la nourriture du mari, à aller chercher l'eau, qu'elles portent dans de grands vases sur la tête, à filer du coton, du lin ou de la laine, et à faire une espèce de gâteau rond et plat, composé de fumier de bestiaux et de paille hachée qu'elles pétrissent ensemble et qui sert pour le chauffage.

C'est avec ce combustible nommé gelley que les fours sont chauffés et les aliments préparés. Dans les classes inférieures, l'assujettissement des femmes à leur mari est bien plus grand que dans les classes élevées. Il n'est pas toujours permis à ces pauvres femmes de dîner avec les hommes, et, lorsqu'elles sortent en compagnie du mari, elles marchent presque toujours derrière; s'il y a quelque chose à porter, c'est la femme qui en est chargée.