Ce dernier fouilla dans ses poches, et, comme le valet d'Alceste, il n'en put guère tirer qu'un jeu de cartes, une ficelle, un bouton et quelques gros sous, le tout fort mouillé.
—Monsieur, dit-il, une idée! Je me mettrai dans votre couverture, et vous prendrez ma culotte et mon habit. En marchant bien, vous serez dans quatre heures à A***, et vous y trouverez ce bon général T..., qui nous faisait tant fête à notre passage.
L'attaché frémit à cette proposition: endosser une livrée, passer le pantalon d'un domestique et se présenter aux habitants d'A***, au commandant de la place et à son épouse! Il avait trop vu Ruy Blas pour admettre ce moyen.
—Ma bonne femme, dit-il à son hôtesse, je vais me mettre dans votre lit, et j'attendrai le retour de mon domestique, que j'envoie à la ville d'A*** pour chercher de l'argent.
La Savoyarde n'avait pas trop de confiance; en outre, elle et sa nièce couchaient dans ce lit, et n'en avaient pas d'autre; cependant, la diplomatie de notre envoyé finit par triompher de ce dernier obstacle. Le domestique partit, et le maître reprit comme il put son sommeil d'une heure auparavant, si fâcheusement troublé.
Au point du jour, il s'éveilla au bruit qui se faisait à la porte. C'était son valet suivi de sept lanciers. Le général n'avait pas cru devoir faire moins pour son jeune ami.... Par exemple, il n'envoyait aucun argent.
L'attaché sauta à bas de son lit.
—Que diable le général veut-il que je fasse de sept lanciers? Il ne s'agit pas de conquérir la Savoie!
—Mais, monsieur, dit le domestique, c'est pour retirer la voiture.
—Et où est-elle, la voiture?