—Louange à Dieu! dit-il, et à son favori Ahmad, dont les yeux noirs brillent d'un éclat si doux. Il est le seul apôtre de la vérité.
Tout le monde s'écria:
—Amin! (Cela est ainsi.)
HISTOIRE DE LA REINE DU MATIN ET DE SOLIMAN, PRINCE DES GÉNIES
I—ADONIRAM
Pour servir les desseins du grand roi Soliman-Ben-Daoud[1], son serviteur Adoniram avait renoncé depuis dix ans au sommeil, aux plaisirs, à la joie des festins. Chef des légions d'ouvriers qui, semblables à d'innombrables essaims d'abeilles, concouraient à construire ces ruches d'or, de cèdre, de marbre et d'airain que le roi de Jérusalem destinait à Adonaï et préparait à sa propre grandeur, le maître Adoniram passait les nuits à combiner des plans, et les jours à modeler les figures colossales destinées à orner l'édifice.
Il avait établi, non loin du temple inachevé, des forges où sans cesse retentissait le marteau, des fonderies souterraines, où le bronze liquide glissait le long de cent canaux de sable, et prenait la forme des lions, des tigres, des dragons ailés, des chérubins, ou même de ces génies étranges et foudroyés ... races lointaines, à demi perdues dans la mémoire des hommes.
Plus de cent mille artisans soumis à Adoniram exécutaient ses vastes conceptions: les fondeurs étaient au nombre de trente mille; les maçons et les tailleurs de pierre formaient une armée de quatre-vingt mille hommes; soixante et dix mille manœuvres aidaient à transporter les matériaux. Disséminés par bataillons nombreux, les charpentiers épars dans les montagnes abattaient les pins séculaires jusque dans les déserts des Scythes, et les cèdres sur les plateaux du Liban. Au moyen de trois mille trois cents intendants, Adoniram exerçait la discipline et maintenait l'ordre parmi ces populations ouvrières qui fonctionnaient sans confusion.