«L'envie le condamna vivant, mais sa cendre est absoute. Que l'on m'assure sa gloire, et je ne refuse point sa mort!»[7]

APPENDICE DU DISCOURS.

Cet appendice renferme la vie de Vico, la liste de tous ses ouvrages et celle des auteurs qui l'ont imité, attaqué, ou simplement mentionné; enfin l'indication des principaux ouvrages qui ont été écrits sur la philosophie de l'histoire.

Nous ne répéterons pas ici les détails relatifs à la vie de Vico, que nous avons déjà donnés au commencement et à la fin du discours.

Vico naquit en 1668, et non en 1670, comme on le lit dans sa Vie écrite par lui-même. L'éditeur de ses Opuscules a rectifié cette date d'après les registres de naissance. À l'âge de sept ans, il perdit beaucoup de sang par suite d'une chute, et le chirurgien décida qu'il mourrait ou resterait imbécille; la prédiction ne fut point vérifiée. «Cet accident ne fit qu'altérer son humeur, et le rendit mélancolique et ardent, caractère ordinaire des hommes qui unissent la vivacité d'esprit et la profondeur». Après avoir fait ses humanités et surpassé ses maîtres, il se livra avec ardeur à la dialectique; mais les subtilités de la scholastique le rebutèrent: il faillit perdre l'esprit, et demeura découragé pour dix-huit mois.

Un jour qu'il était entré par hasard dans une école de droit, le professeur louait un célèbre jurisconsulte; ce moment décida de sa vie..... «Dès ces premières études, Vico était charmé en lisant les maximes dans lesquelles les interprètes anciens ont résumé et généralisé les motifs particuliers du législateur. Il aimait aussi à observer le soin avec lequel les jurisconsultes pèsent les termes des lois qu'ils expliquent. Il vit dès-lors dans les interprètes anciens les philosophes de l'équité naturelle; dans les interprètes érudits les historiens du droit romain: double présage de ses recherches sur le principe d'un droit universel, et du bonheur avec lequel il devait éclairer l'étude de la jurisprudence romaine par celle de la langue latine.»

Il nous a fait connaître la marche de ses études pendant les neuf années qui suivirent cette époque. Ce n'est point ici un de ces romans où les philosophes exposent leurs idées dans une forme historique; la route de Vico est trop sinueuse pour qu'on puisse la supposer tracée d'avance.

D'abord la nécessité d'embrasser toute la science qu'il enseignait, l'obligea de s'occuper du droit canonique. Pour mieux comprendre ce droit, il entra dans l'étude du dogme; cette étude devait le conduire plus tard à «chercher un principe du droit naturel qui pût expliquer les origines historiques du droit romain et en général du droit des nations païennes, et qui, sous le rapport moral, n'en fût pas moins conforme à la saine doctrine de la Grâce.»

Vers le même temps, la lecture de Laurent Valla, qui accuse de peu d'élégance les jurisconsultes romains, celle d'un autre critique qui comparait la versification savante de Virgile avec celle des modernes, le déterminèrent à se livrer à l'étude de la littérature latine qu'il associa à celle de l'italienne. Il lisait alternativement Cicéron et Boccace, Dante et Virgile, Horace et Pétrarque. Chaque ouvrage était lu trois fois; la première pour en saisir l'unité, la seconde pour en observer la suite et pour étudier l'artifice de la composition, la troisième pour en noter les expressions remarquables, ce qu'il faisait sur le livre même.