Si, depuis les temps les plus reculés dont nous parle l'histoire du monde, le genre humain a vécu, et vit tolérablement en société, cet axiome termine la grande dispute élevée sur la question de savoir si la nature humaine est sociable, en d'autres termes s'il y a un droit naturel; dispute que soutiennent encore les meilleurs philosophes et les théologiens contre Épicure et Carnéade, et qui n'a point été fermée par Grotius lui-même.
Cet axiome, rapproché du septième et de son corollaire, prouve que l'homme a le libre arbitre, quoique incapable de changer ses passions en vertus, mais qu'il est aidé naturellement par la Providence de Dieu, et d'une manière surnaturelle par la Grâce.
9. Faute de savoir le vrai, les hommes tâchent d'arriver au certain, afin que si l'intelligence ne peut être satisfaite par la science, la volonté du moins se repose sur la conscience.
10. La philosophie contemple la raison, d'où vient la science du vrai; la philologie étudie les actes de la liberté humaine, elle en suit l'autorité; et c'est de là que vient la conscience du certain.—Ainsi nous comprenons sous le nom de philologues tous les grammairiens, historiens, critiques, lesquels s'occupent de la connaissance des langues et des faits (tant des faits intérieurs de l'histoire des peuples, comme lois et usages, que des faits extérieurs, comme guerres, traités de paix et d'alliance, commerce, voyages.)
Le même axiome nous montre que les philosophes sont restés à moitié chemin en négligeant de donner à leurs raisonnemens une certitude tirée de l'autorité des philologues; que les philologues sont tombés dans la même faute, puisqu'ils ont négligé de donner aux faits le caractère de vérité qu'ils auraient tiré des raisonnemens philosophiques. Si les philosophes et les philologues eussent évité ce double écueil, ils eussent été plus utiles à la société, et ils nous auraient prévenus dans la recherche de cette nouvelle science.
11. L'étude des actes de la liberté humaine, si incertaine de sa nature, tire sa certitude et sa détermination du sens commun appliqué par les hommes aux nécessités ou utilités humaines, double source du droit naturel des gens.[18]