30. Varron a pris la peine de recueillir trente mille noms de divinités reconnues par les Grecs. Ces noms se rapportaient à autant de besoins de la vie naturelle, morale, économique, ou civile des premiers temps.—Concluons des trois traditions qui viennent d'être rapportées que, partout la société a commencé par la religion. C'est le premier des trois principes de la science nouvelle.
31. Lorsque les peuples sont effarouchés par la violence et par les armes, au point que les lois humaines n'auraient plus d'action, il n'existe qu'un moyen puissant pour les dompter, c'est la religion.
Ainsi dans l'état sans lois (stato eslege), la Providence réveilla dans l'âme des plus violens et des plus fiers une idée confuse de la divinité, afin qu'ils entrassent dans la vie sociale et qu'ils y fissent entrer les nations. Ignorans comme ils étaient, ils appliquèrent mal cette idée, mais l'effroi que leur inspirait la divinité telle qu'ils l'imaginèrent, commença à ramener l'ordre parmi eux.
Hobbes ne pouvait voir la société commencer ainsi parmi les hommes violens et farouches de son système, lui qui, pour en trouver l'origine, s'adresse au hasard d'Épicure. Il entreprit de remplir la grande lacune laissée par la philosophie grecque, qui n'avait point considéré l'homme dans l'ensemble de la société du genre humain. Effort magnanime auquel le succès n'a pas répondu![20]
32. Lorsque les hommes ignorent les causes naturelles des phénomènes, et qu'ils ne peuvent les expliquer par des analogies, ils leur attribuent leur propre nature; par exemple, le vulgaire dit que l'aimant aime le fer. (Voy. l'axiome [1er].)
33. La physique des ignorans est une métaphysique vulgaire, dans laquelle ils rapportent les causes des phénomènes qu'ils ignorent à la volonté de Dieu, sans considérer les moyens qu'emploie cette volonté.