[52] Tacite, Histor., IV, 15.

[53] Tacite, Annal., IV, 72; German., c. 34.

[54] Tacite, Annal., XIII, 54.

Le grand peuple des Chauques, voisin des Frisons sur les bords de l'Ems, semble avoir inspiré à Tacite quelque chose comme une sympathie secrète. Il les dépeint sous des couleurs poétiques, vante leur grandeur d'âme et leur esprit de justice. Exempts, selon lui, de la cupidité qui fait aimer la guerre et de la lâcheté qui la fait craindre, ils donnent, au milieu de toutes ces tribus belliqueuses, le spectacle d'une grande nation pacifique. Et toutefois, lorsqu'ils sont dans l'obligation de faire la guerre, ils savent déployer sur le champ de bataille des forces imposantes[55]. Maîtres d'un vaste rivage que protégeait la terreur de leurs armes, les Chauques voyaient leur réputation s'étendre au loin parmi les peuplades de pirates qui occupaient les îles et les presqu'îles du Nord: leur nom était, pour les Scandinaves et les Anglo-Saxons, ce que celui des Sicambres était pour les Romains, la désignation par excellence des Germains du continent. Odieux aux vikings qui écumaient le littoral des Pays-Bas, il est resté attaché, comme un titre de gloire, au souvenir de plusieurs monarques mérovingiens du sixième siècle, à un moment où, peut-être, il avait cessé d'être porté par la nation[56].

[55] Tacite, German., c. 35.

[56] G. Kurth, Histoire poétique des Mérovingiens, p. 528, cf. p. 338.

Au-dessus des Bataves, en remontant le Rhin, on rencontrait les Chamaves[57], qui après avoir plusieurs fois changé de séjour, avaient fini par se fixer sur les bords de ce fleuve, où leur souvenir s'est conservé dans le nom du Hamaland. Ce petit peuple a été mêlé à presque tous les combats qui se sont livrés sur les bords du Rhin, et il n'en est guère qui soit plus souvent mentionné dans les annalistes de l'Empire et du haut moyen âge. Les Chattuariens venaient ensuite[58], puis les Ampsivariens, que Tacite dit exterminés[59], et que nous retrouvons encore au quatrième siècle aux prises avec les légions romaines[60]. Venait encore la grande et florissante nation des Bructères, sur la Lippe, qui avait eu son jour de célébrité universelle lors de la guerre de Civilis, lorsqu'une fille de ce peuple, la prophétesse Velléda, rendait du haut de sa tour des oracles aux barbares soulevés contre le joug romain[61].

[57] Tacite, Germania, c. 33.

[58] Id., ibid., c. 34.

[59] Id., Annal., XIII, 56.