[347] Lire, sur le tombeau de Childéric, J.-J. Chiflet, Anastasis Childerici I Francorum regis, etc., Anvers, 1655.—Abbé Cochet, le Tombeau de Childéric Ier, Paris, 1859.
Tel est le Childéric de l'histoire, celui qui a jeté les bases du trône de son fils. S'il est juste d'appeler Clovis un nouveau Constantin, comme l'ont fait les hommes de son temps, Childéric méritera d'être comparé à Constance Chlore. C'est la large bienveillance, c'est la sympathie instinctive du père pour l'idée chrétienne et son respect pour ses représentants, qui ont créé entre les populations et la famille mérovingienne un lien d'affection et de confiance anticipées. Si les habitants de la Gaule accueillirent Clovis avec un abandon que l'on ne remarque nulle part ailleurs, c'est en bonne partie peut-être à cause du bon souvenir qu'ils ont gardé de Childéric. Leur reconnaissance semble lui avoir créé une espèce de légitimité, et le patriarche religieux de la Gaule, saint Remi de Reims, ne craignit pas d'écrire à Clovis, lors de son avènement au trône: «Vous prenez en mains le gouvernement de la Gaule Belgique: il n'y a rien de nouveau à cela; vous êtes ce qu'ont été vos pères[348].»
[348] M. G. H. Epistolæ Merovingici et Karolini ævi, p. 113.
LIVRE III
I
LES DÉBUTS DE CLOVIS ET LA CONQUÊTE DE LA GAULE ROMAINE
Clovis avait quinze ans lorsqu'il succéda à son père comme roi des Francs de Tournai. Il était né en 466, au fort des combats que Childéric, après la mort d'Ægidius, livrait dans la vallée de la Loire aux Visigoths et aux Saxons. Si, comme c'est probable, la reine Basine avait accompagné son mari, Clovis aura vu le jour dans une des villes de la France centrale, peut-être à Orléans.
Quand mourut Childéric, il y avait longtemps que son fils portait la framée. Chez les peuples barbares, les jeunes gens ne se voyaient pas soumis à la séquestration studieuse que leur inflige le régime civilisé: ils étaient initiés plus tôt à la vie publique, et proclamés majeurs à un âge où de nos jours ils sont encore sur les bancs. La majorité commençait à douze ans dans la coutume des Francs Saliens[349]: il n'y eut donc aucune interruption dans l'exercice du pouvoir royal à Tournai.
[349] Pardessus, Loi salique, pp. 451 et suiv.
Clovis succédait de plein droit à son père, en vertu d'une hérédité qui était dès lors solidement établie dans son peuple. Il était roi de par la naissance, et les Francs n'eurent pas à délibérer sur la succession de Childéric[350]. Il ne fut pas élevé sur le pavois: ce mode d'inauguration n'était pratiqué que dans le cas d'un libre choix fait par le peuple, c'est-à-dire quand le nouveau souverain manquait d'un titre héréditaire bien constaté. Les guerriers se bornèrent à acclamer le prince qui continuait leur lignée royale, et dont la jeunesse était pour eux le gage d'un règne long et glorieux.