—Oh! non, mon Charles, non! cesse de tenir ce langage; si je fuyais seule avec toi je serais déshonorée; mais qu'un dernier baiser d'amour nous console avant que je sois vêtue de la robe des morts.

—Eh quoi! sur ma parole de chevalier tu pourrais asseoir le monde: tu peux me confier, avec courage et franchise, ton honneur et ta personne. Nous irons chez ma mère et le prêtre nous unira. Viens, tu es en sûreté, abandonne-toi au ciel et à moi.

—Mais, mon père, un baron de l'empire, si fier de ses ancêtres et de sa noblesse! Sa colère me fait déjà trembler. Il n'aura de repos ni jour ni nuit avant de t'avoir arraché le coeur, et de l'avoir jeté devant mes pieds.

—Songe seulement à te bien tenir en selle, et nous n'avons plus rien à craindre. L'Orient et l'Occident nous sont ouverts. Mais ne tarde pas davantage. Écoute! il me semble entendre du bruit. Pour l'amour de Dieu! hâte-toi! Viens! La nuit a des oreilles. Si tu hésites, nous sommes perdus!»

La jeune fille trembla, elle hésita; le frisson parcourait ses membres; il saisit sa main d'albâtre et l'entraîna sur son coeur. Oh! quel embrassement mêlé de désir et de refus, de plaisir et de crainte, sous les regards silencieux des étoiles voyageant dans l'immensité des cieux!

Il prit son amie entre ses bras, la plaça sur son cheval polonais, et se mit lui-même derrière elle, rejetant son cor sur ses épaules. Il donne de l'éperon, et Hochburg les vit s'éloigner rapidement.

Mais, hélas! la nuit entend tout, et aucune parole ne fut perdue. Dans la chambre voisine veillait la gouvernante de Gertrude. Le coeur pressé par l'appât du gain et la soif de l'or, elle s'élança en sursaut pour tout découvrir au vieillard.

«Debout, debout, noble baron quittez votre lit. Votre fille s'est enfuie, elle vous couvre de honte et de chagrin. Déjà Charles d'Eichenhorst traverse avec elle les forêts et les plaines; ne perdez pas un instant si vous voulez les rejoindre!»

Au même instant le baron saisit ses armes, parcourt le château, et appelle ses vassaux. «À cheval! mon gendre, prends ton épée et ta lance; on enlève ta fiancée, courons au ravisseur.»

Le jour allait paraître; les deux amants s'avançaient avec rapidité. Un bruit sourd comme celui de l'orage éloigné se fait entendre. Bientôt ils distinguaient des pas de chevaux. Plump, furieux, arrive sur eux à bride abattue; il les dépasse, et sa lance siffle aux oreilles de Gertrude épouvantée.