Le vieux baron détourna la tête, et passa la main sur son front bruni par le soleil. Son coeur était touché et son regard attendri; mais il maîtrisa son émotion pour empêcher les pleurs de faire honte à son caractère de chevalier.

Enfin, la colère et le ressentiment durent céder à la tendresse paternelle: un torrent de larmes vint inonder ses yeux. Il releva sa fille prosternée à ses pieds; et, laissant un libre cours à son amour pour elle, il se sentit presque défaillir d'un mal doux et enchanteur.

«Eh bien! que Dieu me pardonne mes torts, comme je te pardonne les tiens. Je te rends toutes mes affections, je te les rends devant le Dieu du ciel;» et se tournant vers le chevalier: «Qu'elle soit ton épouse, reçois sa main; et avec elle ma bénédiction!

Viens, sois mon fils, je serai ton père. J'ai déjà oublié toute offense. Ton père fut jadis mon ennemi mortel, il me causa bien des tourments; c'était lui que je haïssais dans son fils.

Répare ses erreurs, mon fils, et que ma fille et moi nous trouvions la récompense de ma bonté dans la bonté de ton coeur. Que celui qui veille sur nous, que Dieu vous bénisse, dans vous et votre postérité.»

LA CHASSE INFERNALE[12]

Le cor retentit, on entend les cris du départ. Le coursier du comte hennit et s'élance. Derrière lui se précipitent les valets et les piqueurs; détachés de la lesse[13], les chiens frappent l'air de leurs aboiements, ils se jettent à travers les champs, les ronces et les prairies.

C'était le jour consacré au repos et à la prière. Les rayons du soleil doraient le clocher, tandis que le son harmonieux et mesuré des cloches appelait les chrétiens à l'office du matin. Déjà s'élevaient vers le ciel les chants pieux des fidèles assemblés.

Le comte passait à un endroit où les chemins se croisaient, les cris de ses chasseurs s'élevaient plus joyeux. Tout à coup deux cavaliers sont à ses côtés. Celui de droite était monté sur un coursier blanc, comme la neige, celui de gauche sur un coursier, couleur de feu.

Le premier, dans tout l'éclat du printemps de la vie, brillait d'une beauté céleste. Le second, pâle et livide, lançait des regards pareils aux éclairs dans la tempête. Ce qu'ils étaient, je le soupçonne; mais, qui pourrait l'affirmer?